ANMELDENLEILA
La villa est plongée dans l’obscurité. Il est deux heures du matin passées. Je devrais dormir, mais j’en suis incapable. Chaque nuit, c’est la même chose. Je me tourne et me retourne dans mon lit trop grand, l’oreiller serré contre ma poitrine. Je tends l’oreille, guettant le moindre bruit, le moindre crissement de pneus sur le gravier de l’allée.
Pourquoi est-ce que je l’atten
LEILALa villa est plongée dans l’obscurité. Il est deux heures du matin passées. Je devrais dormir, mais j’en suis incapable. Chaque nuit, c’est la même chose. Je me tourne et me retourne dans mon lit trop grand, l’oreiller serré contre ma poitrine. Je tends l’oreille, guettant le moindre bruit, le moindre crissement de pneus sur le gravier de l’allée.Pourquoi est-ce que je l’attends ? Il ne vient pas me voir. Il ne franchit pas le seuil de mon aile, fidèle à sa propre règle d’airain. Il rentre, s’enferme dans son bureau ou dans sa chambre, et disparaît jusqu’à l’aube. Alors pourquoi mon corps refuse-t-il de s’abandonner au sommeil tant qu’il n’est pas à l’abri, sous le même toit que moi ?Ce n’est pas de la tendresse. C’est une inquiétude viscér
LEILADeux jours passent. Deux jours d’un ennui mortel, à explorer la villa vide, à nager seule dans la piscine, à regarder la ville vibrer en contrebas sans pouvoir la toucher. Yanis est un fantôme, toujours parti avant l’aube, rentré tard dans la nuit. Je guette le bruit de sa voiture, le son de ses pas. Je ne dors plus. J’attends. Je ne sais même pas quoi.Ce matin, la chaleur m’a poussée hors de ma chambre. Je descends pieds nus dans le salon, vêtue d’une simple robe d’été blanche, trop courte, mes cheveux encore trempés de la piscine. Je me dirige vers la cuisine, une envie pressante de jus d’orange frais. J’ouvre le frigo monumental. Et c’est là que je les entends.Des voix masculines, rauques, ponctuées de rires gras. Elles viennent du patio, près de la piscine. Mon sang se fige. Les hommes de Y
LEILALa villa est un monstre de pierre blanche et de baies vitrées, accrochée à la colline comme un défi lancé à la gravité. En contrebas, Marseille s’étale, bruyante et belle, bordée par une mer d’un bleu laiteux. Mais à l’intérieur, il fait froid. Un froid clinique, impersonnel, qui n’a rien à voir avec la chaleur étouffante de notre île. Ici, tout est lisse, design, coûteux. Un écrin parfait, mais sans âme.Il me fait visiter en silence. Le salon aux canapés de cuir noir, la cuisine high-tech où tout est intégré, la terrasse qui surplombe la piscine à débordement. Il marche vite, comme s’il avait hâte d’en finir. Je le suis, mes pas résonnant sur le parquet en bois exotique. Nous arrivons enfin devant une porte massive, au bout d’un long coul
LEILAL’île disparaît derrière nous, rapetissant à travers le hublot jusqu'à n'être plus qu’un petit point vert sur l’immensité bleu azur de l’océan Pacifique. Mon cœur se serre douloureusement en la regardant s’éloigner, comme si j'abandonnais un sanctuaire.Cette île a été notre cocon, notre bulle hors du temps, notre univers parallèle où tout était possible, où nous pouvions être Yanis et Leila, sans les titres, sans les dettes, sans la violence de son monde. Une parenthèse enchantée où le temps n'avait pas la même valeur.Mais la vraie vie nous attend, impatiente et impitoyable. La vie réelle, avec ses problèmes, ses dangers, ses responsabilités.L’avion nous ramène vers la France, vers Marseille, vers la villa qui sera notre mais
LEILALe reste de la journée est une torture.Une torture douce, raffinée, incroyablement délicieuse, mais une torture quand même, qui joue sur mes nerfs à vif.Nous restons sur la plage, enveloppés par le bruit apaisant des vagues, mais quelque chose a fondamentalement changé entre nous. Une tension nouvelle, électrique, qui n’existait pas avant, ou que nous avions réussi à contenir, et qui maintenant est à l’air libre. Elle est palpable, visible dans l'espace entre nous, presque tangible, une troisième présence qui bourdonne.Chaque regard qu’il pose sur moi depuis sa serviette est plus lourd, plus chargé, plus brûlant. Ses yeux vert et or sont des lasers qui me transpercent, me déshabillent, me consument. Il ne s'en cache même plus. C'est un assaut visuel permanent.Chaque frôlement accidentel
YANISJe ne peux pas.Mon corps entier hurle de douleur et de frustration, chaque muscle tendu vers elle, mon érection une torture dans mon caleçon de bain. Mais je ne peux pas.Pas comme ça.Pas sur cette plage, dans le sable qui va s'infiltrer partout, comme des animaux en chaleur. Pas pour notre première fois. Parce que ce sera notre première fois, l'acte fondateur de tout ce qui suivra. Et je veux qu'il soit à la hauteur de ce qu'elle mérite.— Pas comme ça. Ma voix est un arrachement, une blessure ouverte, un sacrifice que je fais sur l'autel de son honneur. Chaque syllabe est un coup de poignard.Je la repousse doucement, mes mains quittent ses hanches. Ce simple geste, rompre ce contact vital, me coûte plus que tout ce que j’ai jamais fait. Plus que de tirer sur un homme, plus que de regarder mon propre père rendre son dernier soupir. C'est







