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Chapitre 3

ผู้เขียน: Histoire
last update วันที่เผยแพร่: 2026-07-12 14:48:18

Chapitre 3

Noah

Le fumoir du Cercle impérial n'a pas changé. Mêmes fauteuils en cuir havane patinés par des décennies de confidences et de trahisons, mêmes boiseries d'acajou, mêmes rideaux de velours grenat qui étouffent les sons. L'odeur du cigare cubain flotte en nappes paresseuses, se mêlant au cognac centenaire que le maître d'hôtel vient de servir.

J'ai vingt-sept ans et l'assurance insolente de ceux qui n'ont jamais perdu. Je suis arrogant, insupportable, incapable d'aimer. Je le sais, je le cultive, je m'en fais une armure.

Marcus est affalé dans son fauteuil, vingt-neuf ans, une fortune bâtie sur des expulsions. Il tient son verre d'une main molle. Alexander, trente et un ans, avocat redoutable, est assis bien droit, son carnet en cuir noir ouvert sur les genoux.

— Alors, ce défi ? lance Marcus. Deux semaines que tu as accepté, et tu n'as même pas approché la fille.

Je prends le temps de porter mon verre à mes lèvres, de laisser le cognac glisser sur ma langue. L'impatience de Marcus est palpable.

— L'approche demande de la stratégie, dis-je enfin. Tu ne chasses pas un cerf de la même façon qu'un lapin. Cette fille n'est pas comme les autres. Elle a refusé Julian Hawke, tu te souviens ?

— Justement, intervient Alexander en tournant une page de son carnet. J'ai rassemblé des informations. Amélia Deschamps, vingt-deux ans. Orpheline. Travaille à la Fondation Espoir, un organisme d'aide aux enfants défavorisés dans le quartier de Westbrook. Salaire dérisoire, appartement minuscule. Pas de petit ami connu, pas de vie sociale notable. Elle est décrite comme discrète, dévouée, et totalement imperméable au charme des hommes riches.

— Imperméable, répète Marcus en ricanant. Comme si une femme pouvait être imperméable à quoi que ce soit.

— Tu devrais prendre cela au sérieux, dit Alexander. J'ai étudié son profil psychologique. Elle a grandi dans une famille aisée avant que son père ne dilapide leur fortune. Elle a vu sa mère mourir de chagrin et de pauvreté. Elle nourrit une haine profonde envers les hommes riches. Une haine viscérale, ancrée dans le traumatisme.

— Une haine, dis-je en reposant mon verre, n'est jamais qu'un sentiment. Et un sentiment, ça se manipule.

Alexander me tend une photo d'elle. La même que la dernière fois, mais cette fois je l'observe vraiment. Les yeux clairs, le visage sans artifice, la bouche qui ne sourit pas mais qui ne s'incline pas non plus. Il y a de la fierté dans ce visage. De la détermination. Quelque chose que je n'ai jamais vu chez aucune des femmes qui gravitent autour de moi.

— Elle est jolie, dit Marcus par-dessus mon épaule. Pas vraiment belle, mais jolie. Un peu trop maigre à mon goût.

— Elle est parfaite, dis-je sans quitter la photo des yeux. Parce qu'elle est réelle. Parce qu'elle ne joue pas. Et parce qu'elle me déteste déjà sans même me connaître.

Je range la photo dans ma poche intérieure, à côté du Király. Le tic-tac de la montre semble s'accélérer, comme un cœur qui bat plus vite à l'approche du danger.

— Tu as un plan ? demande Alexander.

— J'ai toujours un plan. Je vais infiltrer son monde. Pas en débarquant avec mon nom et ma fortune, non. Je vais me rapprocher de la fondation. Découvrir ce qui la fait vibrer, ce qui la fait pleurer, ce qui la fait rêver. Et quand je saurai tout d'elle, je frapperai.

— Combien de temps ?

— Un mois. Dans un mois, Amélia Deschamps sera à mes pieds. Elle reniera chacune de ses certitudes. Elle m'aimera, et ce sera sa perte.

Je me lève, boutonne ma veste de smoking, sens le poids du Király contre ma poitrine.

— Tu pars déjà ? demande Marcus.

— J'ai une fondation à visiter demain. Il faut que je sois reposé.

— Une fondation ? Tu vas faire un don ?

— Je vais faire bien plus que ça, Marcus. Je vais devenir leur sauveur.

Le silence retombe sur le fumoir quand je franchis la porte. Dans le couloir tapissé de velours, mon reflet me suit dans les miroirs anciens, vingt-sept ans de certitudes gravées sur un visage qui ne doute jamais. Je me regarde sans me reconnaître, ou peut-être en me reconnaissant trop bien.

Amélia Deschamps. Vingt-deux ans. Tu ne sais pas encore que je viens d'entrer dans ta vie. Tu ne sais pas que chaque battement de ton cœur est désormais compté.

Je souris à mon reflet, et mon reflet me sourit en retour, complice de ma propre destruction à venir.

Dehors, la nuit avale ma silhouette alors que je monte dans la Bentley qui m'attend. La ville défile derrière la vitre, ses lumières floues dans la pluie naissante. Quelque part dans cette ville, une jeune femme dort dans un studio minable, ignorant qu'un prédateur vient de poser les yeux sur elle.

Je caresse le Király du bout des doigts, et pour la première fois depuis des années, je sens quelque chose qui ressemble à de l'excitation.

La chasse est ouverte.

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