เข้าสู่ระบบIl incline la tête. Ivan et Ismaël, aux deux côtés opposés de la salle de bal, prennent chacun une position discrète, Ivan près de la porte-fenêtre qui donne sur le jardin, Ismaël près de l'entrée principale. Ils regardent la salle, sourire aux lèvres, mais leurs mains sont proches de leurs vestes. Un des serveurs, un vrai tireur d'élite, traverse la salle avec un plateau de coupes de champagne. Il s'arrête à trois mètres de nous. Il pose le plateau sur un guéridon. Il attend. Naomi et moi finissons le slow. Nous applaudissons. Les invités applaudissent. Nous saluons. Je murmure à Naomi : — On va aller à la cave. — Maintenant ? — Dans deux minutes. On sourit encore une minute. On dit bonjour aux invités. On se dirige vers la porte du fond. Elara nous accompagne. Ivan couvre. On descend à la cave. On prend
Nous applaudissons, tous, longtemps, un peu plus longtemps qu'il ne serait convenable, parce que personne autour de la table n'a envie que ce moment se termine. Le dîner continue. Les plats se succèdent. La viande. Les fromages, un plateau immense que Kael a composé lui-même la semaine dernière chez un fromager de la vieille ville. Le dessert, un vacherin glacé aux fruits rouges, la spécialité de la grand-mère, dont le régisseur a retrouvé la recette manuscrite dans un tiroir de la cuisine. Nous mangeons. Nous buvons, Kael et moi peu, les autres beaucoup. Nous rions. Il est bientôt vingt-et-une heures. Le café est servi. Le maître d'hôtel, l'ancien homme de Moreau, notre serveur de faveur, passe derrière Kael et se penche brièvement à son oreille en versant le café. Il murmure quelque
Il termine. — À Kael, mon frère, qui m'a menti sur la tranquillité mais qui n'a jamais menti sur autre chose. À Naomi, ma Reine, qui a fait de nous des hommes meilleurs sans qu'on s'en rende compte. À vous deux. Vivez. Il boit. Nous applaudissons. Elara prend la parole ensuite. Elle a préparé son discours pendant trois semaines. Elle l'a récrit huit fois. Ce matin encore, elle a rajouté deux phrases dans la marge. Elle se lève. Elle est un peu pâle. Elle inspire. Elle parle cinq minutes. Elle parle de moi, enfant. Elle raconte des anecdotes que Kael ne connaissait pas, la fois où j'ai voulu adopter un pigeon blessé dans le jardin de nos parents. La fois où j'ai décidé, à onze ans, que je deviendrais vétérinaire. La fois où j'ai lu à Elara, cachées sous une couverture avec une lampe torche, un livre sur l'astronomie parce qu'elle avait peur du noir.
Nous nous retournons vers l'assistance. Le violoncelle repart. Un morceau plus joyeux cette fois, Vivaldi. La musique éclate dans le jardin. Les invités se lèvent. Ils applaudissent. Ils crient. Marek et Ivan se frappent dans le dos. Camille pleure ouvertement. La vieille cousine de Toulouse sanglote dans son mouchoir en dentelle. Elara au premier rang applaudit à s'en faire mal aux mains. Nous remontons l'allée centrale, pas à la vitesse solennelle de tout à l'heure mais à celle, plus légère, du retour, du c'est fait. Kael me tient la main. Il grimace parfois, la côte, encore, qui rappelle. Mais il rit. Il rit franchement. Il rit d'un rire que je ne lui avais pas entendu depuis peut-être dix ans. Nous passons devant Elara. Je lui souffle un baiser au vol. Nous passons devant Marek. Il me murmure, presque sans remuer les lèvres : — Zone verte, Reine. Rien à signaler.
Kael me regarde. Nous n'écoutons pas vraiment. Le vieux notaire finit son introduction. Il se tourne vers Kael. — Kael Verlaine. Voulez-vous prendre pour épouse Naomi Sorel ici présente ? Kael me regarde. Il inspire. Sa voix, quand elle sort, est claire, entière, portée. Une voix qui n'a plus rien du souffle rauque de la clinique. Une voix qui n'a plus rien du chuchotement de l'entrepôt. Une voix d'homme qui a passé un an à se refaire et qui, ce jour, est prêt. — Je le veux. Trois mots. Le vieux notaire se tourne vers moi. — Naomi Sorel. Voulez-vous prendre pour époux Kael Verlaine ici présent ? Je regarde Kael. Je ne pleure pas, pas encore, pas ici, je me le suis interdit aussi. Je regarde ses yeux gris. Je regarde le petit tremblement de sa lèvre. Je regarde cet homme que j'ai failli perdre il y a un an et demi et que j'ai pour la vie devant moi. Ma voix sort. — Je le veux. Le silence. Un silence court, dense, absolu. Le violoncelliste a arrêté de jou
Vraiment magnifique. Le régisseur et l'équipe qui l'a aidé ont fait un travail que je ne saurai jamais assez lui rendre. La pelouse est courte, verte, parfaite. Les trois tilleuls sont noués entre eux par une guirlande de fleurs blanches et vertes que j'ai fait tresser pendant deux jours par un fleuriste artisan de Montmartre. Sous les tilleuls, un petit autel de bois clair, tout simple, avec un bouquet unique de roses blanches en son centre. Devant l'autel, trente-quatre chaises en bois disposées en éventail sur trois demi-cercles. Toutes occupées. Nos invités. Je les regarde depuis le seuil de la porte-fenêtre. Ils sont tous debout maintenant, ils se sont levés dès la première note du violoncelle. Ils sont tournés vers moi. Trente-quatre visages qui sourient. Trente-quatre visages que je connais, presque tous par leurs prénoms. Sarah, en robe grise. Son mari, un peu ému. Camille, mon amie de Genève, en robe crème. Les deux cousins de Kael du côté de la tante. Marek,







