Beranda / Mafia / SANG ET CHAGRIN / Chapitre 4 : L'audace 2

Share

Chapitre 4 : L'audace 2

Penulis: Darkness
last update Terakhir Diperbarui: 2025-11-26 21:06:52

Sofia 

Et puis, je le vois. Une lueur brève, au loin, près des arbres qui bordent la propriété. Une seule. Puis deux. Comme un signal.

Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Il a trouvé la bague. Il est là.

La fissure vient de s’élargir, et dans l’obscurité, je sens le vertige de l’abîme m’appeler. Je suis terrifiée. Et pour la première fois depuis des années, je me sens vivante .

La nuit a été un long combat contre les draps, peuplée de regards accusateurs et de mains qui se referment. Au petit jour, je me sens plus épuisée que lorsque je me suis couchée. Le petit-déjeuner est un rituel silencieux. Lorenzo lit des rapports, son visage un masque de pierre. Il a oublié la tension de la veille, ou il a choisi de l’ignorer. Son monde doit rester lisse, sans aspérités.

— Marco te conduira chez la modiste, puis aux boutiques de la Via Montenapoleone. J’ai annulé ton déjeuner avec Chiara. Tu as l’air fatiguée. Une journée calme te fera du bien.

Un ordre, déguisé en sollicitude. Je hoche la tête, les yeux rivés sur ma tasse de thé. Annuler mon seul vrai rendez-vous amical. M’isoler encore un peu plus. La stratégie est transparente.

La Via Montenapoleone grouille de l’élégance oisive de Milan. Le soleil tape sur les vitrines, créant un monde étincelant et factice. Marco marche à deux pas derrière moi, une présence omnisciente. Chaque clic de mes talons sur le trottoir est un battement de cœur amplifié. Suis-je folle ? Ai-je rêvé ces lumières dans la nuit ?

Je pénètre dans une boutique de maroquinerie, un sanctuaire de cuir souple et de parfums luxueux. L’air conditionné me glace la peau moite. Je fais mine d’examiner un sac, mes doigts caressant la matière sans la sentir. Mon esprit est ailleurs, tendu comme la corde d’un arc.

C’est alors que je le sens. Une présence à côté de moi.

— Excusez-moi, madame.

La voix est calme, polie. Je me retourne, et le monde s’arrête.

Ce n’est pas Luca.

C’est un homme plus jeune, au visage ouvert et aux yeux vifs. Il sourit, un sourire désarmant.

— Je vois que vous avez un œil avisé. J’espère ne pas être indiscret, mais je cherche un cadeau pour ma copine. Vous sembliez si élégante… je me suis dit que votre avis serait précieux.

Mon cœur bat à tout rompre. C’est lui. Ça ne peut être que lui. Un contact. Un intermédiaire. Marco, à l’entrée de la boutique, observe la scène, son regard méfiant balayant l’inconnu. L’homme semble parfaitement naturel, un simple acheteur perdu.

Je respire un coup, forçant un sourire mondain.

— Bien sûr. Je serai ravie de vous aider.

— Merci infiniment, dit-il en se rapprochant légèrement. Il hésite entre ce modèle-ci et le bleu nuit.

Il désigne deux sacs sous la vitrine. Je m’approche, jouant le jeu.

— Le noir est un classique, intemporel. Mais le bleu… le bleu a plus de caractère. Il sort de l’ordinaire.

Je prononce ces mots avec une emphase feinte, comme si la chose la plus importante au monde était le choix de ce sac.

— Le bleu, alors, dit-il en souriant plus largement. Elle aime ce qui est unique.

Il baisse la voix, penchant la tête comme pour examiner la qualité des coutures. Son prochain murmure est à peine audible, destiné uniquement à mes oreilles.

— Il a trouvé votre cadeau. Il vous attend. La librairie antique, Via Solferino. Dans une heure. Le bureau du fond.

Un frisson électrique me parcourt. C’est risqué. C’est de la folie.

— Je… je pense que vous ne le regretterez pas, dis-je à voix haute, la voix légèrement tremblante. Le bleu est un excellent choix.

— Vous m’avez convaincu, madame. Merci encore.

Il me fait un petit signe de tête courtois, salue le vendeur et quitte la boutique, le sac bleu à la main. Simple comme bonjour.

Je reste un moment figée, regardant la porte se refermer. Marco s’approche.

— Tout va bien, Signora Rossi ? Cet homme…

— Un jeune homme perdu, l’interrompis-je avec une désinvolture que je suis loin de ressentir. Il voulait un avis féminin. La politesse, Marco.

Je tourne les talons, feignant de m’intéresser à une écharpe.

— Je pense que j’ai fini ici. Je voudrais aller à la librairie antique, Via Solferino. J’ai envie de relire certains classiques italiens.

Marco hoche la tête, sans méfiance apparente. Les livres font partie de mon personnage, de la décoration de ma prison. C’est une requête plausible.

Le trajet jusqu’à la Via Solferino est un brouillard. Je serre mon sac contre moi, mes ongles creusant le cuir. Chaque feu rouge est une éternité. Chaque regard de Marco dans le rétroviseur me fait sursauter. Je vais au-devant de quoi ? De ma perte ? De ma liberté ?

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • SANG ET CHAGRIN    CHAPITRE 18 : LA FUGUE

    LorenzoLa journée a été un champ de mines.Chaque réunion, chaque appel, un territoire où le moindre faux pas pouvait tout faire sauter. Les regards de mes associés, un peu trop insistants. Les silences entre les phrases, un peu trop lourds. Ils savent. Ils ne savent pas tout, mais ils sentent le sang dans l’eau. Ils sentent la faille.La faille, c’est elle. Sofia.L’idée même me brûle le crâne, plus efficace que le whisky que je fais tourner dans mon verre. Elle a failli me vendre. À ce procureur zélé, à cet idéaliste naïf qui croit pouvoir nettoyer la ville avec un chiffon et des principes. Elle. Ma femme. La chose que j’ai tirée de la boue et installée dans le marbre.Le souvenir du carnet, de ces pages manuscrites, des dates, des noms, des montants… trouvé par hasard, ou plutôt par la vigilance de Marco. Une trahison si intime qu’elle en devient obscène. Je l’ai brûlé, bien sûr. Mais on ne brûle pas la volonté de nuire. On ne brûle pas le mépris.Et ce matin, son regard dans le m

  • SANG ET CHAGRIN    CHAPITRE 17 : L’AMOUR ET SES CENDRES

    SofiaLa question me frappe ce matin, nette et tranchante comme un couteau à cran d’arrêt.Est-ce que je l’aime ?Je la pose à mon reflet dans le miroir immense de la salle de bains en marbre, tandis que Lorenzo se rase avec une précision chirurgicale, le dos tourné. La vapeur de son eau chaude a bué la glace, estompant mes traits. Une image floue, fantomatique. Appropriée.L’amour.Est-ce que j’ai jamais aimé l’homme, ou ai-je seulement aimé la main tendue, la bouée, le miracle ? La reconnaissance est un sentiment sournois. Elle se drape si facilement dans les atours de l’amour. Elle murmure : « C’est de l’affection », alors qu’elle n’est que dette. « C’est de la dévotion », alors qu’elle n’est que servitude.Je me souviens de l’effervescence des débuts. Des palpitations lorsque sa voiture noire s’arrêtait devant mon restaurant en faillite. De la fierté que j’avais ressentie lorsqu’il m’avait présentée à ses associés, sa main ferme dans le creux de mes reins. « Ma fiancée, Sofia. » J

  • SANG ET CHAGRIN    CHAPITRE 16 : LES RACINES DE LA CAGE

    SofiaLa nuit est une mer noire où je flotte, éveillée. Le carnet, caché sous mon oreiller, est un rocher petit, froid, réel. Il m’ancre à quelque chose qui n’est pas lui. À une vérité qui précède mon règne fantomatique dans ces murs.Je me souviens.Je me souviens d’avant le marbre et les silences dorés. D’avant que chaque sourire ne soit calculé, chaque geste pesé. Il y a cinq ans, je n’étais pas un fantôme. J’étais une jeune restauratrice, ou du moins, je tentais de l’être. Mon petit établissement, L’Épi Curieux, croulait sous les dettes. L’ambiance était à la faillite douce, teintée d’huile d’olive et de désespoir.C’était là, un soir de novembre pluvieux, qu’il était entré.Le dernier client. Le seul client. Il s’était assis à une table près de la vitrine, avait commandé un vin rouge et mon risotto aux cèpes sans même regarder la carte. Il portait un manteau sombre, trempé aux épaules. Je l’avais pris pour un voyageur, un homme d’affaires égaré dans ce quartier en déshérence.Je

  • SANG ET CHAGRIN    CHAPITRE 15 : LA LAMPE HANTÉE

    SofiaSon regard me transperce, cherchant une réaction. Une larme, peut-être. Un tremblement. Je ne lui offre que le reflet de la lampe dans mes yeux.— Oui, dis-je. Il est bon de renouveler.Je tourne les talons et m’en vais. Je sens son regard dans mon dos, lourd, perplexe.L’après-midi, j’ose une sortie. Non pas une fuite – impossible – mais une promenade dans les jardins, sous le prétexte de prendre l’air. Marco, comme une ombre discrète, se poste près de la terrasse, me surveillant du coin de l’œil tout en parlant à voix basse dans son téléphone.Je marche le long des haies de buis taillées au cordeau. L’air est vif. Je m’arrête près du bassin aux nymphéas, morts en cette saison, leurs tiges noires brisant la surface grise de l’eau. C’est ici, il y a des années, que Lorenzo m’avait demandé de l’épouser. Pas à genoux. Debout, à mes côtés, tenant ma main dans la sienne comme s’il prenait possession d’un territoire. « Avec moi, tu auras tout », avait-il dit. « Et sans moi, tu ne ser

  • SANG ET CHAGRIN    CHAPITRE 14 : LA LAMPE HANTÉE

    SofiaLe fantôme apprend à marcher sans faire craquer les parquets.Il apprend les horaires de la maison. Marco part à 7h30 précises chercher le journal et les cornetti au bar de la piazza. Elena, la femme de ménage, fait les chambres entre 10h et midi, en fredonnant toujours la même aria traînante. Le cuisinier, Bruno, reçoit ses livraisons à 16h, et c’est là qu’il ouvre la porte de service, bavardant cinq minutes avec le livreur.Le fantôme apprend à se tenir dans les angles morts, derrière les portes entrouvertes du salon quand Lorenzo reçoit. Ces réunions ne sont plus des affaires bruyantes avec des hommes aux épaules larges. Ce sont des rencontres feutrées avec des hommes en costumes sombres et cravates discrètes, des portefeuilles en cuir fin, des voix basses qui parlent de zonings municipaux, de permis de construire, de participations majoritaires dans des sociétés écrans. La pègre se lave, se peigne, investit. Lorenzo en est l’architecte.Je m’imbibe de tout. Un nom : Moretti.

  • SANG ET CHAGRIN    CHAPITRE 13 : LES CENDRES ET LE VERRE

    SofiaJe me dirige vers la cuisine, d’un pas de somnambule. Les couteaux sont là, rangés dans un bloc de bois. Ils brillent sous la veilleuse. Ma main se tend. Elle effleure le manche d’un grand couteau de chef, froid et lourd.La tentation est un vertige. Un moyen de briser le silence pour de bon. De faire un bruit que même Lorenzo ne pourrait pas effacer. Ou peut-être… peut-être de me tailler une issue. Littéralement.Mais l’image qui me vient n’est pas celle de ma propre chair se déchirant. C’est celle de Lorenzo, découvrant le corps. Son visage. Quel visage ferait-il ? Du chagrin ? De la colère ? Ou cette même froideur, suivie d’un nettoyage efficace, d’un enterrement discret, d’une histoire sur une dépression soudaine ? Serais-je, même dans la mort, juste un autre problème qu’il règle ? Un fantôme définitivement effacé ?Je retire ma main comme si le manche était brûlant. Non. Pas comme ça. Pas en lui laissant le dernier mot, le dernier contrôle.Je remonte, tremblante de tout mo

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status