ALICEPuis, sans que je m’y attende, la maladie s’invite sur la toile.Je n’ai pas voulu la peindre. Je n’ai pas voulu lui donner de place. Mais elle est là, tapie dans les coins, rampant le long des bords de la toile comme une ombre qui refuse de disparaître.D’abord, ce sont des taches. Des taches grises, informes, qui ressemblent à des nuages de fumée. Je tente de les effacer avec mon pinceau, mais la peinture résiste. La maladie a sa propre texture, sa propre résistance. Elle ne veut pas être effacée.Je serre les dents et je continue à peindre. Je peins les taches comme des cellules cancéreuses, des amas de cellules qui se multiplient, qui envahissent, qui détruisent. Je peins la peur que je sens grandir en moi chaque fois que je touche mon sein, chaque fois que je vois une nouvelle ecchymose, chaque fois que je tousse un peu trop fort.Mais je ne me laisse pas submerger. Je peins aussi la lutte. Je peins les mains de Thomas, ses doigts qui serrent les miens comme s’il pouvait me
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