J'ai découvert 'Les Belles Soeurs' de Michel Tremblay il y a quelques années, et cette pièce québécoise m'a vraiment marqué par son authenticité et son humour noir. L'histoire se déroule dans un HLM montréalais dans les années 60, où Germaine Lauzon, une femme de ménage, gagne un million de timbres-primes. Elle invite ses voisines et parentes pour l'aider à coller ces timbres, mais la soirée tourne rapidement au règlement de comptes. Les personnages, toutes des femmes de milieux modestes, exposent leurs frustrations, leurs jalousies et leurs rêves brisés avec une brutalité crue mais souvent hilarante.
Ce qui m'a fasciné, c'est la façon dont Tremblay utilise le joual (dialecte québécois) pour donner une voix à ces femmes. Chaque réplique sonne vrai, qu'il s'agisse des plaintes de Rose ou des sarcasmes de Lisette. La pièce dépeint sans fard la condition féminine de l'époque, entre oppression maritale et solidarité forcée. Germaine, naïvement fière de sa 'richesse', devient malgré elle le catalyseur de leurs rancœurs. La scène finale, où les timbres sont volés dans un chaos général, reste un moment de théâtre absolument jouissif.