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Penulis: Écrivaine 2.0
last update Tanggal publikasi: 2026-01-20 00:37:12

Era

L’odeur métallique du sang se mêlait à celle, âcre, du désinfectant bon marché répandu à la hâte sur la vieille table métallique. Le néon clignotant jetait une lumière blafarde sur le corps inerte du blessé.

Un soupir bruyant m'échappe alors que je dépose mon sac à main dans un des coins de cette pièce. Puis, je reviens auprès de lui et saisis un masque et une paire de gants que j'enfile pendant que mes mains tremblent légèrement. Mon cœur tambourine dans ma poitrine et ma respiration devient encore plus lourde, rien que de m'imaginer opérer une personne gravement blessée dans un entrepôt froid et humide.

Quand je réussis à porter les gants, je regarde fixement Jamal, allongé, sous oxygène et je me demande comment il a pu se retrouver dans cette situation.

Je fixe le scalpel avec beaucoup d'hésitation. Une seule question occupe mon esprit : Pourrai-je vraiment le faire ?

Je serre mes mains en poings avant de saisir le scalpel. Je ferme les yeux et me rappelle de ce que me disait sans cesse mon mentor : « Tu trembleras peut-être, mais ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est de garder ton calme et de ne jamais oublier : le patient dépend de toi. »

Je rouvre les yeux avec détermination, prends une profonde inspiration et pose d’abord une perfusion improvisée avec ce qu'ils ont ramené comme matériels d’une trousse médicale. J'observe le filet translucide s’écouler lentement dans la veine du patient. Le pouls bat faiblement sous mes doigts.

L’épaule d’abord. La balle a traversé, mais elle restait logée. Une incision nette, des pinces maladroites, et le métal glisse hors de la chair avec un bruit sec. Je comprime, nettoie, puis suture rapidement, chaque point grossier mais suffisant pour limiter l’hémorragie.

La poitrine… là, c’était une autre histoire. Mon souffle se fait court en approchant la plaie béante. Chaque inspiration du patient produit un râle sifflant, preuve que le poumon est atteint.

Je me tiens la hanche, l'autre main frotte nerveusement mon front pendant que je réfléchis à comment procéder pour extraire la balle. Je ne dois pas perdre de temps sinon il risque de mourir et moi, aussi.

« Rappelez-vous, vous avez juste deux choix : Tout donner et le sauver ou creuser votre propre tombe. »

La voix de Treize résonne encore dans mon esprit.

Je prie en silence, puis décide d'introduire un tube de fortune, relié à une bouteille partiellement remplie d’eau pour un drain improvisé. C'est le seul espoir d’empêcher le poumon de s’effondrer.

Le sang jaillit lorsque je pince les chairs pour extraire l’éclat de métal. Mon front se couvre de sueur et mes gants deviennent rouges. J'avale difficilement ma salive et tamponne, serre, suture à la hâte, les doigts engourdis par la peur.

Quand enfin je réussis finalement à le faire, je fais le dernier nœud et lève les yeux. Le blessé respire encore, faible mais régulier. Dans le silence pesant de l’entrepôt, seuls le bourdonnement du néon et le goutte-à-goutte de la perfusion restent.

Je recule d’un pas, les mains tremblantes, consciente que je viens de franchir une limite : je ne suis plus seulement une jeune docteure, mais une femme qui vient d’arracher une vie à la mort, au cœur même de l’ombre.

Mes jambes protestent sous le poids des heures passées à tenir le scalpel. Chaque muscle me brûle, et mes mains tremblent encore malgré les gants imbibés de sang séché. Mon souffle est court, irrégulier, et je sens un vertige me brouiller la vue un instant.

Autour, le silence de l’entrepôt pèse lourd. Les néons clignotants semblent plus brillants que jamais, accentuant la sueur qui ruisselle sur mon front et mon dos. Mes doigts engourdis serrent toujours les compresses comme si elles pouvaient encore arrêter la mort qui a frôlé Jamal.

J'inspire profondément, tentant de calmer mon cœur qui bat à tout rompre, mais l’adrénaline me maintient en alerte. Chaque respiration rappelle la gravité de ce que je viens de faire : sauver un homme dans un lieu où personne ne doit survivre pour le voir.

Je finis par réprimer un soupir, retire mes gants et mon masque. Puis, je me dirige vers la sortie, dans l'espoir de trouver Treize ou un de leur membre pour m'entretenir avec lui.

Lorsque je traverse la porte de sortie, je les trouve en train de rôder autour avec leurs armes. Ma respiration devient irrégulière alors que j'avance vers Treize qui est adossé à un véhicule avec deux autres hommes. Il a une cigarette entre les lèvres.

___ Alors, docteure ? lance-t-il quand j'arrive à leur niveau.

___ J'ai... j'ai fait de mon mieux, mais comme je vous l'ai déjà dit, il faut qu'on l'emmène à l'hôpital.

Treize lâche un râlement, tire doucement sur la cigarette puis expire la fumée par la bouche, avant de m'accorder toute son attention.

___ Je crois que vous ne m'avez pas compris, docteure. Nous ne pouvons pas le conduire à l'hôpital, vous saisissez ?!

___ Mais il risque d'avoir une infection dans cet entrepôt.

___ Dites-moi de quoi vous avez besoin pour éviter les infections.

Je reste bée. C'est incroyable que ces personnes soient très têtues à vouloir le garder ici, tout en espérant qu'il s'en sorte vivant.

___ Écoutez, j'ai fait tout ce que je pouvais pour extraire les deux balles et il... il respire encore. Je vais rentrer chez moi et vous allez vous trouver une autre personne pour continuer le travail.

Treize incline légèrement sa tête, me scrutant comme un psychopathe. Un long frisson parcourt mon échine.

___ Vous allez rentrer chez vous, si vous restez sage. Je vous le promets, rétorque-t-il.

Je souffle d'agacement, ne pouvant plus rester calme.

___ Qu'est-ce que vous ne comprenez pas ?! Je veux rentrer chez moi. Vous avez demandé à ce que je sauve la vie de votre chef et c'est ce que j'ai fait. Qu'est-ce que vous attendez encore de moi, hein ? Je ne peux rien faire de plus.

___ Il va se réveiller ?

La question est directe, comme s'il se moque de moi, mes plaintes.

___ Je ne sais pas.

Treize se redresse du véhicule et jette le mégot au sol et l'écrase avec sa chaussure.

___ Vous rentrerez chez vous, lorsque Jamal aura ouvert les yeux, déclare Treize d'une voix ferme.

___ Quoi ? fais-je en le poursuivant. Vous n'avez aucun droit de me garder ici, contre mon gré. J'ai fait ce que j'avais à faire, alors laissez-moi rentrer chez moi.

Il ne m'écoute pas et continue de marcher dans l'obscurité. Il entre dans l'entrepôt, se dirige vers Jamal, qui est toujours sous oxygène. Je me tue aussitôt, le laissant voir de lui-même, l'état de leur frère. J'ignore quel métier font ces personnes, mais mon intuition me dit que ces gens ne sont pas de simples travailleurs comme on en croise tous les jours.

Après avoir fini de sonder l'état de Jamal, il se retourne totalement vers moi et plante son regard sombre dans le mien.

___ Vous savez, j'ai un grand respect pour les médecins. Vous sauvez des vies, alors que nous...

Il fait une pause et une petite grimace terrifiante, avant de reprendre.

___ Soyez juste sage et faites ce qu'on vous demande. Vous verrez qu'on ne vous fera rien de mal. On veut juste que notre frère puisse ouvrir les yeux et que son état se stabilise. Qu'est-ce qu'on gagnerait en vous ôtant la vie ?

Bien qu'il me parle sur un ton posé, ses gestes en disent long sur sa personnalité. Treize n'a pas vraiment l'air bien. Enfin, une personne normale n'aura pas ses gestuelles et encore moins capable de pointer une arme sur une autre personne.

___ Qu'est-ce que vous avez besoin ? continue t-il.

Je reste muette pendant quelques secondes. Tout se mélange dans mon esprit. Je pose mon regard sur mon patient, tout en essayant de rester sereine.

___ J'ai besoin d'une couverture et d'une lampe de plus pour le maintenir à chaud. J'ai aussi besoin d'antibiotiques en cas d'infection.

Treize hoche juste la tête, prenant note de tout ce que je viens de citer. Il tourne les talons et s'éloigne de moi. Je sens mes yeux me picoter, les larmes menacent de venir. Mais je me retiens de pleurer en ce moment où je ne pourrai plus vraiment m'occuper du patient.

Je me rapproche de Jamal, vérifie qu'il respire encore, puis vais m'asseoir par terre, près de mon sac à main. Je ramène mes genoux sur ma poitrine, pose ma tête sur mes genoux et tente de fermer les yeux, un instant.

***

J'entends des pas et des voix graves qui résonnent dans la pièce. J'ouvre encore les paupières lourdes, lève la tête et ma vision est encore floue. Je me frotte les yeux puis me relève et repasse mes vêtements pour me débarrasser de la poussière sur mes vêtements.

Une mince lueur grise filtre à travers une fissure du toit et trace une ligne pâle sur le sol poussiéreux. L’air du matin, plus frais, s’infiltre par les interstices des murs et chasse l’odeur lourde de la nuit. Il n’y a plus de doute : le matin est là et moi, je suis toujours coincée ici, avec ces gens anormaux.

Treize avec cinq autres hommes sont en train de discuter à voix basse.

Je me dirige d'abord vers Jamal, encore allongé, couvert par une couverture que lui a ramené certainement Treize. Je vérifie son pouls, sa respiration, sa tension et la perfusion. Mes yeux explorent l’encre dessinée sur sa peau, intriguée, presque impressionnée par l’étendue de chaque motif.

___ Comment il va ? m'interroge Treize, les pas qui se rapprochent.

___ Je ne peux rien vous dire pour l'instant, réponds-je sans prendre la peine de le regarder.

Je suis juste occupée à m'assurer que mon ticket de survie se réveillera. L'odeur de cigarette mêlée d'alcool assaillant mes narines dès que Treize vient se placer de l'autre côté de la table métallique.

Il croise ses bras sur la poitrine et d'un regard analyste, il m'observe. Puis, je l'entends réprimer un soupir.

___ Vous avez faim ?

___ Non. Je veux juste rentrer chez moi.

___ Ah docteure, vous allez rentrer chez vous. Mais avant, il faut que Jamal ouvre les yeux et qu'on soit certain qu'il est hors de danger.

Je cesse de ranger le matériel médical et me tourne vers lui, le visage fermé.

___ Vous pensez que je suis naïve ou quoi ? Je ne suis pas Dieu et si jamais Jamal ou... votre frère meurt, ce ne sera pas de ma faute, mais de la votre. Parce que vous avez refusé de le conduire dans un hôpital afin qu'il soit bien pris en charge. Je ne suis qu'un simple médecin, qui essaie de soigner des patients. Mais je n'ai aucun pouvoir sur la vie et encore moins sur la mort. Tout ce que je sais, c'est que vous auriez pu nous éviter tout ce cinéma, si vous m'aviez écouté depuis le début.

Treize me fixe, un peu surpris par le fait que j'élève le ton.

___ Maintenant, j'exige que vous me laissiez au moins communiquer avec ma famille, afin de leur rassurer que je vais bien.

___ Je vais voir ce que je peux faire pour vous.

___ J'attends... j'attends ! répliqué-je, un peu énervée.

Treize s'éloigne à nouveau, me laissant seule avec leur frère. La colère reste nouée dans ma gorge et je n'ai qu'une seule envie : hurler toute ma frustration.

Ça m'apprendra à être moins gentille, la prochaine fois. Je voulais juste sauver une vie, faire mon travail. Me voilà dans un grand merdier.

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