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Chapitre 3 : Ombre Portée 1

ผู้เขียน: L'invincible
last update วันที่เผยแพร่: 2025-12-04 19:54:06

Naya

L'aéroport de Cebu était un monde de bruit et de lumières crues, un chaos chaud où je me sentais invisible. Mais ici, à l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle, je suis un caillou dans une machine bien huilée. Tout est immense, froid, et bruisse de langues que je reconnais à peine. Les haut-parleurs murmurent des annonces en français, l’anglais fuse, l’arabe, le mandarin. Je me tiens raide près du tapis roulant à bagages, mon sac à dos usé serré contre ma poitrine, contenant toute ma vie. Je porte ma seule tenue « présentable » : une robe bleu marine achetée d’occasion, qui me gratte le cou.

Le vol a été une épreuve de douze heures. Blottie contre le hublot, j’ai regardé les nuages défiler, un océan de coton sale au-dessus d’un vrai océan. La peur de l’inconnu se mêlait à un émerveillement enfantin. Les repas dans leurs barquettes en plastique, les écrans individuels, l’hôtesse qui souriait avec une patience professionnelle… Chaque détail était un fragment du rêve, mais un rêve qui sentait le renfermé et le désinfectant. Je n’ai pas dormi. J’ai répété mentalement les phrases de français apprises dans des livres : « Bonjour. Je m’appelle Naya. Où est la sortie, s’il vous plaît ? »

Une femme en tailleur sévère, portant une tablette, s’approche. Elle a le même visage que sur l’écran de l’entretien.

— Naya Mendes ? Je suis Claire. Suivez-moi.

Pas de sourire. Pas de poignée de main. Je la suis, mes sandales usées claquant sur le sol brillant, tandis que ses talons aigus font un bruit précis et autoritaire. Une voiture noire et silencieuse nous attend. Pas un taxi. Une voiture avec un chauffeur. Je m’assois sur la banquette de cuir souple, n’osant presque pas m’y enfoncer. La ville défile derrière la vitre teintée. Les bâtiments deviennent plus hauts, plus majestueux. La pierre blonde, les toits en zinc, les balcons en fer forgé. Je colle mon front à la vitre, le cœur battant la chamade. C’est plus beau que dans les magazines. C’est écrasant.

Nous nous arrêtons devant un immeuble haussmannien. La porte est en bois massif, avec des moulures dorées. Claire me tend une petite clé électronique.

— Appartement 7B. L’ascenseur est à droite. Vous trouverez des vivres de base. Soyez demain à 8h30 précises au siège de Varnier-Berthelot. L’adresse est sur le badge.

Elle s’en va sans un regard en arrière. Je reste sur le trottoir, perdue. J’entre. L’ascenseur est une cabrine de bois et de laiton qui monte avec un doux ronronnement. Le couloir du septième étage est silencieux, moquetté d’une épaisse laine grise.

La porte du 7B s’ouvre sans un bruit.

Et je retiens mon souffle.

C’est… immense. Pour moi. Un studio, avaient-ils dit. C’est un palace. Le parquet luit sous la lumière tamisée qui entre par de grandes fenêtres à volets. Un lit large, couvert d’un couvre-lit blanc et moelleux. Une kitchenette toute en inox et en marbre blanc. Une salle de bains avec une baignoire sur pieds et des serviettes empilées, épaisses et douces. Tout sent le propre, le neuf, le cire.

Je laisse tomber mon sac. Je marche pieds nus sur le parquet froid. Je touche le marbre du comptoir. Je vais à la fenêtre, écarte le voilage. La vue donne sur une cour intérieure paisible, avec des arbres bien taillés. Pas la tour Eiffel, mais un îlot de calme parfait. Un silence si dense qu’il en est assourdissant. A Cebu, le bruit était une couverture constante. Ici, le silence est un vide.

Je m’assois par terre, le dos contre le lit. Le luxe m’enserre. Il est beau. Il est froid. Il ne m’appartient pas. Je suis une intruse dans un décor de film. Je me demande ce que mangerait Mama ici. Elle serait intimidée, puis elle rirait de cette baignoire « à pattes de lion ». Cette pensée me serre la gorge.

Je cherche un signe de vie, de désordre. Il n’y en a pas. C’est une cellule de luxe. Une cage dorée dont on m’a donné la clé, sans m’expliquer les règles.

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