เข้าสู่ระบบSa voix glisse dans mon récit, douce, insistante.
-- En dessous de la peur ?
-- L'excitation. Une chaleur qui montait de mon ventre. Je voulais qu'il me touche. Je voulais qu'il...
Ma voix se brise. Je sens mes joues brûler.
-- Qu'il quoi, Camille ?
-- Qu'il me prenne. Sauvagement. Sans me demander mon avis.
Le silence. Puis :
-- Et l'a-t-il fait ?
-- Oui. Il s'est approché, il a défait sa ceinture... et là je me suis réveillée. En sueur. Trempée. Avec une frustration... une frustration physique.
-- Une frustration que vous ressentez encore, là, maintenant ?
Sa voix est plus proche. Je sens un souffle chaud près de mon oreille. J'ouvre les yeux en sursaut. Il est penché au-dessus de moi, à quelques centimètres de mon visage.
-- La séance est terminée, Camille. Mais je pense que nous avons beaucoup de travail à faire ensemble.
Il se redresse. Je me lève, tremblante, les jambes en coton. Il me tend une carte de visite.
-- Mon numéro personnel. Si vous avez besoin de parler entre les séances.
Je prends la carte. Nos doigts se frôlent. L'électricité me traverse le bras.
-- À jeudi, Camille.
-- À jeudi, Docteur.
Je sors de l'appartement, je traverse le couloir, je prends l'ascenseur, je marche dans la rue sans voir où je vais. Il n'y a qu'une seule pensée dans ma tête :
Je vais y retourner. Et je sais déjà que ce docteur-là est plus dangereux que tous mes rêves.
Camille
Jeudi. J'ai compté les jours, les heures, les minutes. Je n'ai pas dormi. Chaque fois que je fermais les yeux, c'était lui que je voyais. Penché sur moi. Son souffle dans mon oreille. Ses doigts sur mon épaule.
Je suis arrivée avec vingt minutes d'avance. J'ai marché autour du pâté de maisons comme une lionne en cage. Il fait doux pour la saison, un vent léger qui soulève ma jupe. J'ai mis une jupe, justement. Longue, fluide, rose pâle. Un chemisier blanc, un peu transparent si on regarde bien. Des talons. Pourquoi des talons ? Pour lui. Pour moi. Je ne sais plus.
La porte s'ouvre au deuxième coup de sonnette.
-- Camille. Il sourit. Un vrai sourire, cette fois. Entrez.
Il porte un costume bleu nuit, chemise bleu clair, pas de cravate. Ses manches sont légèrement retroussées, laissant voir ses avant-bras musclés, poilus. Je fixe ses mains en le suivant dans le salon. Des mains larges, aux doigts longs, soignés.
-- Installez-vous. Comme la dernière fois.
Je m'allonge sur le divan. Le cuir est tiède, comme s'il avait chauffé la place pour moi. Je pose mes bras le long du corps, je ferme les yeux. J'entends le craquement du fauteuil quand il s'assoit.
-- Comment s'est passée votre semaine ?
-- Mal.
-- Racontez.
-- Je n'ai pas dormi. Je pensais à vous. À nos... à notre séance.
-- Qu'y avait-il dans vos pensées ?
-- Votre main. Sur mon épaule. Votre voix. Près de mon oreille.
Le silence. Le tic-tac de l'horloge.
-- Et cela vous a dérangée ?
-- Oui. Non. Je ne sais pas. J'ai essayé de ne pas y penser. Je n'ai pas réussi.
-- Pourquoi essayiez-vous de ne pas y penser ?
-- Parce que c'est... inapproprié. Vous êtes mon médecin.
-- Je suis votre thérapeute. Et ce que vous ressentez pour moi, c'est ce qu'on appelle le transfert. C'est normal, Camille. Cela fait partie du processus.
-- Le transfert ?
-- Vous projetez sur moi des émotions, des désirs, qui appartiennent à d'autres figures de votre vie. C'est un matériau précieux pour la thérapie. Il ne faut pas le combattre. Il faut l'explorer.
Il se lève. J'entends ses pas contourner le divan. Il s'arrête derrière ma tête.
-- Parlez-moi de votre père, Camille.
-- Mon père ? Pourquoi ?
-- Parlez.
Je serre les mâchoires. Mon père. Lui que je n'ai pas vu depuis dix ans. Lui qui est parti un matin sans se retourner, me laissant avec ma mère et ses crises.
-- Il est parti quand j'avais dix-huit ans. Je ne l'ai pas revu.
-- Il vous manque ?
-- Non. Je le déteste.
-- Pourquoi ?
-- Parce qu'il a choisi de partir. Parce qu'il m'a abandonnée. Parce que ma mère a passé sa vie à me dire que j'étais comme lui, que j'avais ses pulsions, que j'étais une...
Je m'arrête. Mes ongles s'enfoncent dans mes paumes.
-- Une quoi ?
-- Une salope. C'est ce qu'elle disait. Que j'étais une salope comme mon père.
Sa main se pose sur ma tête. Ses doigts caressent mes cheveux, lentement, doucement.
-- Vous n'êtes pas une salope, Camille. Vous êtes une femme avec des désirs. Rien de plus, rien de moins.
Ses doigts glissent le long de ma tempe, effleurent ma joue. Je retiens mon souffle.
-- Ces rêves dont vous parlez. Ces pulsions. D'où croyez-vous qu'elles viennent ?
-- Je ne sais pas.
-- Si. Vous savez. Cherchez.
Ses doigts tracent le contour de ma mâchoire, descendent le long de mon cou. Un effleurement à peine, du bout des ongles.
-- De lui, dis-je dans un souffle. De mon père.
-- Pourquoi ?
-- Parce que... quand j'étais petite, il me prenait sur ses genoux. Il me faisait des câlins. Des câlins qui duraient trop longtemps. Ses mains qui s'attardaient.
-- Continuez.
-- Je ne sais pas si c'était... je n'ai pas de souvenirs précis. Juste des sensations. Une chaleur bizarre. Un malaise. Et en même temps, j'aimais ça. J'aimais qu'il s'occupe de moi. J'aimais ses mains.
-- Et vous vous sentez coupable.
-- Oui.
GabrielLe soleil du matin traverse la verrière.Un rayon oblique, presque horizontal, chargé de poussières dansantes, transforme les particules invisibles en paillettes d'or. Il coupe la pièce en deux, une ligne nette et lumineuse qui sépare l'ombre de la lumière, qui traverse le loft comme un sabre, qui raconte une histoire de dualité et d'équilibre.Le lit rond est au centre exact de cette diagonale. L'îlot blanc flotte dans cette mer de briques rouges et d'acier noir, au beau milieu du chaos organisé de notre vie. Les draps sont froissés, les oreillers écrasés, les couvertures entremêlées , les traces de notre nuit, les preuves de notre amour, les indices de notre passion.Flore est allongée contre moi.Sa tête repose au creux de mon épaule , cette épaule qu'elle a mordue, griffée, couverte de marques. Son bras est en travers de mon torse, sa main posée sur mon cœur, comme pour vérifier qu'il bat encore. Ses cheveux blonds sont un désordre soyeux sur ma peau, sur mon cou, sur mon
Son regard est une main fantôme. Il me caresse sans me toucher, me possède sans me prendre, me fait jouir sans me pénétrer. Je sens son poids sur chaque partie de mon corps, une pression immatérielle mais réelle, presque physique. Mes tétons durcissent sous le coton. Mon ventre se contracte, une crampe légère, un appel. Mes cuisses se serrent légèrement, une réaction de pudeur, de défense , ou peut-être l'inverse.Mes doigts referment le livre.Le bruit sec du volume qui se clôt le fait sursauter. Ses mains s'immobilisent sur mes pieds. Il lève les yeux vers moi, ses yeux bruns qui brillent dans la lumière du feu, et il sourit , le sourire du coupable pris en flagrant délit de désir oculaire.Je pose le livre sur l'accoudoir. Je croise les bras sur ma poitrine. Je lève un sourcil, ce geste que j'ai perfectionné pendant des années de réunions et de négociations, et qui fait trembler les stagiaires et hésiter les directeurs financiers.— Tu veux quelque chose ? demandé-je.Ma voix est d
Gabriel !Son cri résonne dans le bureau vide, rebondit sur les murs de verre, se mêle au bourdonnement lointain de la circulation. Elle tremble, elle tressaute, elle se vide entre mes lèvres.Je bois son plaisir. Jusqu'à la dernière goutte. Ma langue nettoie ses lèvres gonflées, ses cuisses tremblantes, la fente encore palpitante. J'apaise les derniers soubresauts de son corps avec des baisers légers, presque maternels.Puis je me relève.Mes lèvres luisent de sa cyprine et de sa salive. Mon menton est humide. Ma chemise est tachée. Je dois ressembler à un animal, à un sauvage, à un dieu déchu. Mais je n'ai jamais été aussi beau à mes propres yeux.Flore se retourne. Ses yeux gris sont noyés, brillants de larmes non versées. Ses joues sont empourprées, ses lèvres entrouvertes, sa respiration encore saccadée. Elle est belle comme jamais. Belle comme le chaos. Belle comme la fin du monde.Elle m'attrape par la cravate. Ses doigts s'enroulent autour du tissu de soie, tirent. Elle m'atti
Le tissu glisse. Il révèle le haut de ses bas, cette fine bande de dentelle noire qui cerne sa cuisse. Les jarretelles, ces fines lanières élastiques qui descendent vers ses bas, qui les maintiennent en place. Et la peau , sa peau nue, pâle et parfaite, douce comme du satin, chaude comme du pain sorti du four. La peau au-dessus des jarretelles, là où le nylon s'arrête et où la chair commence. Ce territoire intime, secret, que seuls les amants connaissent.Mes lèvres se posent sur cette peau.Un baiser. D'abord, juste une pression. Un contact timide, presque respectueux. Puis un autre, plus appuyé. Je remonte le long de sa cuisse, déposant une traînée de baisers humides, ma langue pointant parfois pour goûter sa chair, le sel de sa journée, le parfum de son savon, l'essence même d'elle. Ses jambes tremblent. Elle gémit, un son bas, profond, venu du ventre. Sa main sur la vitre se crispe, ses doigts se referment sur le verre comme pour ne pas tomber.Ma bouche arrive à la limite de sa c
GabrielLe vingtième étage est un désert de verre et de silence.Plus un bruit de photocopieur, plus une sonnerie de téléphone, plus un claquement de talons pressés, plus ce bourdonnement continu des néons qui était devenu notre musique de fond pendant des années. Le grand open space, qui grouillait il y a encore quelques jours de stagiaires et de cadres en costard, est un paysage fantôme. Les bureaux sont vides, débarrassés de leurs ordinateurs, de leurs photos de famille, de leurs pots de stylos. Seules restent les plantes vertes, oubliées dans leurs pots, déjà un peu jaunies, comme des soldats abandonnés sur le champ de bataille. Et les écrans d'ordinateur, éteints, fixent le vide de leurs yeux morts.Aujourd'hui, nous rendons les clés. Le bail est terminé. La fusion a déplacé le siège so
Ma voix est neutre. Ni amicale, ni hostile. Je ne lui rends pas sa douceur, je ne lui offre pas d'armes. Mais je ne lui jette pas non plus la pierre. Simplement, je constate. Elle est là. Je suis là. C'est un fait.Gabriel hoche la tête vers Raphaël. Un geste sec, viril, entre hommes qui n'ont rien à se prouver. Raphaël lui répond par un battement de paupières, un signe à peine esquissé, une reconnaissance silencieuse. Ils étaient rivaux, autrefois. Maintenant, ils sont juste deux hommes qui ont aimé la même femme, à des époques différentes, et qui ont survécu.— Nous partons pour Singapour, dit Flore, rompant le silence. La direction Asie-Pacifique. C'est une promotion.— Félicitations, répond Raphaël.Son ton est poli, sans chaleur excessive, sans hostilité non plus. Il dit "félicitat
Il se lève, s'approche de moi. Il s'accroupit devant le divan, prend mon visage entre ses mains.-- Tu n'es pas un numéro. Tu es différente.-- Tu l'as dit à toutes.-- Non. Je le pense. Vraiment. Tu es la seule qui...-- Qui quoi ? Qui reste ? Qui revient ? Qui est assez conne pour revenir après t
CamilleJe suis arrivée en avance.C'est idiot, je le sais. Il déteste l'avance. Il dit que ça casse le cadre, que ça le désorganise. Mais je n'ai pas pu m'en empêcher. J'étais dans le quartier, j'avais fini mon article plus tôt, et mes jambes m'ont portée vers lui. Comme toujours.Il est dix-sept
La maîtresse de maison est belle, brune, la cinquantaine élégante. Le mari est avocat, grand, souriant. Il y a un autre couple, des amis à eux, des quadras branchés.On s'installe au salon. Canapés, fauteuils, verres de champagne. Lui
CamilleHuit jours.Huit jours sans lui.Huit jours à retourner dans cet appartement inconnu, à chercher une trace, un message, un signe. Rien. Juste le lit défait, l'oreiller qui sent encore lui, et ce mot posé sur la table comme une épitaphe.Séance annulée. À bientôt. Franck.J'ai dormi là les t







