INICIAR SESIÓN
Camille
La plaque en cuivre brille comme un miroir. Docteur Franck Vasseur : Psychiatre , Psychothérapeute. Je la fixe depuis cinq minutes, debout sur le trottoir, mon sac serré contre ma poitrine comme un bouclier. Les gens passent derrière moi, indifférents. Ils ne savent pas que je m'apprête à franchir une porte qui pourrait tout changer. Ou peut-être rien. Peut-être que je suis juste folle, comme ma mère le disait toujours.
Tu fais des histoires pour rien, Camille. Tout le monde a des pulsions.
Ma mère. Elle appelait ça des pulsions. Moi, je ne sais pas comment appeler ces nuits où je me réveille en sueur, le corps tendu, l'entrejambe trempée, avec des images plein la tête que je ne peux pas contrôler. Des images violentes. Des mains qui forcent. Des corps qui ploient. Des bouches qui crient. Et moi, toujours au centre, toujours offerte, toujours... jouissante.
Je pousse la porte.
L'immeuble est haussmannien, chic, silencieux. Mes talons claquent sur le marbre noir et blanc du hall. L'ascenseur est vieux, avec une porte en fer forgé que je dois tirer moi-même. Ça grince. Je monte au quatrième. Chaque étage fait vibrer un peu plus mon estomac noué.
Le couloir est long, tapis rouge, murs crème, portes en bois verni numérotées. La 47. C'est ici.
Ma main tremble sur la sonnette. Je sonne avant de pouvoir changer d'avis.
Des pas. La porte s'ouvre.
Lui.
Docteur Franck Vasseur. Je l'ai vu en photo sur son site, mais la photo ne rend pas compte de... ça. Cette présence. Il est grand, large d'épaules, costume gris anthracite parfaitement coupé, chemise blanche immaculée, pas de cravate. Ses cheveux sont gris sur les tempes, poivre et sel, coiffés en arrière. Son visage est taillé à la serpe, des rides au coin des yeux, une mâchoire carrée. Et ses yeux. Gris-bleu, perçants, qui me traversent de part en part en une fraction de seconde.
-- Camille ? Sa voix est grave, chaude, posée. Entrez.
Il s'efface. Je passe devant lui. Mon parfum doit flotter dans son entrée. Le sien m'envahit : bois de santal, cuir, quelque chose d'ancien et de précieux. L'appartement est somptueux. Parquet Versailles, moulures, hauts plafonds. Un salon avec des fauteuils en velours lie-de-vin, une bibliothèque immense, des tableaux modernes aux murs. Et au centre, trônant comme un autel, le divan.
Beige, long, large, avec un petit coussin au bout. Une couverture jetée négligemment sur l'accoudoir. Une boîte de mouchoirs sur la table basse. Une horloge ancienne qui tic-tac lentement.
-- Installez-vous, dit-il en refermant la porte derrière moi. Le bruit de la serrure est étrangement définitif.
Je m'assois sur le bord du divan, raide, les mains sur les genoux. Il s'installe dans un fauteuil en cuir noir, en face de moi, pas derrière. Déjà une entorse au code classique. Il croise les jambes, pose un carnet sur ses cuisses, me regarde.
-- Parlez-moi.
-- De quoi ?
-- De ce qui vous amène. Pourquoi venez-vous aujourd'hui me voir ? Pourquoi moi ?
Sa voix est calme, mais il y a quelque chose en dessous. Une intensité. Comme s'il écoutait déjà plus que mes mots.
Je déglutis. Ma gorge est sèche.
-- Je... je ne dors pas bien. Depuis des mois. Je fais des cauchemars.
-- Des cauchemars ? Il incline légèrement la tête. Ou des rêves ?
Le silence s'étire. Ses yeux ne quittent pas les miens. Je sens mon visage s'empourprer.
-- Des rêves, dis-je dans un souffle.
-- Décrivez-les.
-- C'est... c'est personnel.
-- Camille. Il se penche en avant, les coudes sur les genoux. Je suis psychiatre. Rien de ce que vous direz ne me choquera. Je ne suis pas là pour juger. Je suis là pour comprendre. Et pour vous aider à comprendre.
Il dit ça d'une voix si douce, si professionnelle. Mais il y a une lueur dans ses yeux, au fond, que je ne sais pas interpréter. De la curiosité ? De l'appétit ?
Je ferme les yeux une seconde. Quand je les rouvre, il est toujours là, immobile, patient.
-- Dans mes rêves... je suis attachée. Parfois à un lit, parfois à un arbre, parfois à rien, juste retenue par des mains. Des mains que je ne vois pas. Et il y a quelqu'un. Un homme. Je ne vois pas son visage. Mais il... il fait des choses.
-- Quelles choses ?
-- Il me domine. Il me force. Et moi... Il marque une pause, comme s'il attendait. Et moi, je jouis. Je jouis comme jamais dans la réalité. Et je me réveille en sueur, avec du désir plein le corps, et une honte... une honte immense.
Je pleure. Sans prévenir, les larmes coulent. Je détourne la tête, honteuse de pleurer, honteuse d'avoir dit ça, honteuse de tout.
Il ne bouge pas. Il me laisse pleurer. Le tic-tac de l'horloge emplit la pièce.
Au bout d'un long moment, il dit :
-- Pourquoi la honte ?
-- Parce que c'est violent. Parce que je devrais avoir peur, dans ces rêves, mais je n'ai pas peur. J'ai envie. Je veux qu'il continue. Je veux qu'il aille plus loin. Et quand je me réveille, je me dégoûte.
-- Vous dégoûter d'avoir des fantasmes ?
-- Ce ne sont pas des fantasmes normaux !
Il sourit. Un petit sourire, à peine un plissement au coin des lèvres.
-- Et qu'est-ce qu'un fantasme normal, Camille ?
La question me cloue. Je n'ai pas de réponse. Il se lève, va à la fenêtre, regarde dehors. Son dos est large, le tissu du costume tendu sur ses épaules.
-- La normalité n'existe pas en matière de désir, dit-il sans se retourner. Il n'y a que du désir, et la façon dont on l'accueille. Ou dont on le combat. Vous le combattez, manifestement.
Il se retourne, revient vers moi, s'arrête à un mètre. Il est si proche que je sens la chaleur de son corps.
-- Je ne suis pas là pour vous juger, Camille. Je suis là pour vous aider à comprendre d'où viennent ces rêves. Pourquoi votre inconscient choisit cette imagerie. Et peut-être... pour vous apprendre à l'accueillir sans honte.
Sa main se lève, se pose sur mon épaule. Une pression légère, professionnelle, réconfortante. Mais à travers le chemisier fin, je sens la chaleur de ses doigts. Et mon corps répond. Mes seins se tendent, mon ventre se serre.
Je relève la tête vers lui. Il me regarde de haut, toujours cette lueur au fond des yeux.
-- Nous avons encore vingt minutes, dit-il. Voulez-vous continuer ?
Je devrais dire non. Je devrais partir, payer cette séance et ne jamais revenir. Mais je reste clouée sur ce divan, ma épaule brûlant sous sa main.
-- Oui, dis-je dans un souffle.
Il retire sa main, retourne s'asseoir. Mais il a laissé une trace. Une empreinte de chaleur sur ma peau.
-- Revenez sur le divan, dit-il. Allongez-vous. Ce sera plus facile.
Je me lève, hésite, puis m'allonge. Le cuir est frais sous ma nuque. Je regarde le plafond, les moulures blanches, le lustre en cristal. Je croise les mains sur mon ventre, comme une morte.
-- Fermez les yeux.
J'obéis. Le noir. Juste le tic-tac de l'horloge, et sa voix qui vient de quelque part au-dessus de moi.
-- Respirez profondément. Laissez venir. Laissez-vous aller.
J'inspire. J'expire. Mes muscles se dénouent un peu.
-- Parlez-moi d'un rêve précis. Le dernier.
-- Le dernier... cette nuit. J'étais dans une cave. Une cave humide, avec des pierres, une seule ampoule qui pendait. J'étais nue, attachée par les poignets à un anneau dans le mur. Je ne pouvais pas bouger. Et lui est entré.
-- Décrivez-le.
-- Je ne voyais pas son visage. Il était masqué. Mais il était grand, fort. Il portait des bottes, un pantalon noir, une chemise blanche. Il s'est approché, lentement. Il a fait le tour de moi. Je sentais son regard sur ma peau. J'avais peur. Mais en dessous de la peur...
Ma voix est étrangère à mes propres oreilles douce, fragile, suppliante. La voix de la femme que j'ai toujours cachée sous l'armure, la voix de celle qui aime et qui a peur, qui désire et qui espère.Il acquiesce, sans un mot. Il écarte légèrement les cuisses, m'invitant à me placer entre elles. Je me glisse au-dessus de lui, nos ventres se touchant, nos poitrines s'écrasant l'une contre l'autre. Mon sexe humide se pose sur le sien, sans le prendre encore, juste pour sentir sa chaleur, sa dureté, sa vie contre ma chair.Je plonge mes yeux dans les siens. Ses pupilles sont dilatées, énormes, mangeant l'iris brun. Son souffle est rapide, mais contrôlé. Il ne me précipite pas. Il ne me force pas. Il attend, les mains posées à plat sur le matelas, comme pour me prouver qu'il ne cherchera pas à m'imposer quoi que ce soit.Alors, doucement, sans me presser, je descends sur lui.Son sexe me pénètre avec une lenteur incroyable, millimètre par millimètre. Je le sens s'enfoncer en moi, combler
Mon érection est là, constante, presque douloureuse. Mais je ne bouge pas. Je ne la touche pas. Je ne fais pas un geste vers elle. Je reste immobile, les bras le long du corps, offert à son regard.— Qu'est-ce que tu fais, Gabriel ?Sa voix est un murmure enroué, presque méfiant. Elle ne comprend pas. Elle ne peut pas comprendre — pas encore. Flore ne connaît que la guerre, la domination, la compétition. Elle ne connaît pas le don de soi, la vulnérabilité, la nudité de l'âme.— Je t'offre tout, Flore. Mon corps. Mes cicatrices. Mes défauts. Tout ce que je n'ai jamais osé te montrer. Tout ce que je cachais derrière l'autorité, le pouvoir, les maîtresses.Ma voix est rauque, étranglée par une émotion que je ne contrôle plus. Je fais un pas vers elle, puis un autre, toujours nu, toujours
Ce sont les premiers mots d'amour que je lui dis. Vraiment. Sans honte, sans peur, sans retenue. Ils sortent de ma poitrine comme une évidence, comme une vérité que j'ai toujours sue et que je peux enfin prononcer.— Je t'aime aussi, Mélie. Depuis le premier jour. Depuis le premier regard. Depuis que tu es entrée dans ce bureau et que tu m'as offert ce café.Il rit doucement, un rire ému qui ressemble à un sanglot. Je ris aussi, et nos lèvres se retrouvent, se cherchent, s'embrassent encore.Mes mains s'attaquent aux boutons de sa chemise. J'en défais un, puis un autre, puis un troisième. Je veux sentir sa peau sous mes doigts, son torse contre mes seins, son cœur qui bat contre le mien. Lui aussi, il défait mon chemisier, avec des gestes maladroits et pressés, ses doigts tremblant d'impatience.Le taxi ralentit à un feu rouge, s'arr
MélieLe taxi attend devant l'entrée du parking, son moteur diesel ronronnant doucement dans la fraîcheur du soir. Un véhicule banal, une Peugeot noire aux sièges en tissu gris, mais pour moi, c'est un char d'or, un tapis volant, un vaisseau spatial. C'est le véhicule qui va m'emporter loin d'ici, loin de lui, loin de tout.Raphaël tient ma main, nos doigts entrelacés, serrés comme si nous risquions de nous perdre dans la foule. Mais il n'y a pas de foule. Juste le bitume mouillé, les lampadaires qui s'allument un par un dans la grisaille du soir, et le bruit lointain de la circulation sur les grands boulevards.Nous marchons vers le taxi, nos pas synchronisés, nos épaules qui se touchent. Ses affaires sont dans un sac de sport posé à l'arrière, à côté de mon petit sac à main. Les miennes tiennent dans une valise à
Elle éclate en sanglots, un hoquet rauque qui secoue ses épaules. Son visage se tord dans une grimace de douleur, de frustration, de honte. Et je sens mon cœur se serrer dans ma poitrine. Ce n'est pas de la compassion. Ce n'est pas de la pitié. C'est quelque chose de plus sauvage, de plus primitif, de plus possessif.Elle est à moi. Dans sa gloire comme dans sa chute. Dans sa puissance comme dans sa faiblesse. Elle est à moi.Je tends la main. Mes doigts se referment sur sa gorge. Pas brutalement, pas pour lui faire mal. Juste pour sentir son pouls battre contre ma paume, cette vie qui palpite sous sa peau, cette chaleur qui est la sienne, qui est la mienne. Ma prise est ferme, possessive, mais pas serrée. Une affirmation, pas une agression.— C'est avec MOI que tu es mariée, Flore.Ma voix est un grognement sourd, qui vient du plus profond de ma poitrine. Je plonge mon regard dans
Avant, tout était une conquête. Chaque orgasme était une victoire sur Gabriel, sur Raphaël, sur moi-même. Chaque caresse était un défi, chaque baiser une déclaration de guerre. Le désir était mon arme, ma cuirasse, mon identité. Je jouissais de ma domination, de leur soumission, de ce jeu cruel et magnifique qui était ma vie.Mais aujourd'hui, la guerre est terminée. La meute est repue du scandale, Raphaël est parti avec Mélie, et Gabriel... Gabriel qui a menti pour moi pendant l'interrogatoire, qui a serré les poings jusqu'à en blanchir les jointures, qui m'a regardée avec ces yeux où la haine et l'amour sont indiscernables. Gabriel qui est tout ce qui me reste.Et l'idée de le retrouver ce soir, dans notre appartement vide, m'emplit d'une terreur glacée. Parce que sans la guerre, sans le danger, sans la transgressi







