LOGINChapitre 83
Lyana
La Forêt Noire.
Ma mère nous racontait des histoires, le soir, autour du feu. Des voyageurs égarés qui n'étaient jamais revenus. Des arbres qui parlaient. Des rivières qui mentaient. Des créatures sans nom.
— N'allez jamais dans la Forêt Noire, disait-elle. Les esprits des anciens loups y rôdent. Ils n'aiment pas les vivants.
Chapitre 85LyanaLes ombres bougent.Je les vois du coin de l'œil. Des silhouettes noires, plus sombres que la nuit, qui glissent entre les arbres sans un bruit. Pas des loups. Pas des hommes. Autre chose. Quelque chose qui n'a pas de forme fixe, qui ondule, qui rampe, qui rampe vers nous.— Lyana.La voix d'Aedan est calme. Contrôlée. Mais je sens sa tension à travers le lien. Il les a vues aussi.— Je les vois.— Reste près de moi.— Toujours.Je tire mon épée. L'argent de la lame brille faiblement dans la pénombre. Les créatures s'arrêtent. Elles nous observent. Elles ont des yeux. Des dizaines d'yeux. Des yeux rouges, sans pupilles, qui flottent dans la masse noire de leurs corps.&
Chapitre 84AedanLa gardienne a disparu. Il ne reste que le silence, plus lourd encore qu'avant, et cette révélation qui flotte dans l'air comme un poison. Varek n'est pas votre véritable ennemi. Le véritable ennemi est plus proche que vous ne le pensez.Lyana me regarde, ses yeux gris écarquillés, sa main serrant la garde de son épée.— Qui ? répète-t-elle. Qui est le véritable ennemi ?— Je ne sais pas. Pas encore.— Tu sais quelque chose. Je le sens à travers le lien. Tu caches quelque chose.Je ferme les yeux une seconde. Elle a raison. Je sais. Je sais depuis longtemps, mais je n'ai jamais osé le dire à voix haute. Parce que les mots rendent les choses réelles. Parce que les mots donnent corps aux cauchemars.
Chapitre 83LyanaLa Forêt Noire.Ma mère nous racontait des histoires, le soir, autour du feu. Des voyageurs égarés qui n'étaient jamais revenus. Des arbres qui parlaient. Des rivières qui mentaient. Des créatures sans nom.— N'allez jamais dans la Forêt Noire, disait-elle. Les esprits des anciens loups y rôdent. Ils n'aiment pas les vivants.Mon père ne disait rien. Mais je voyais dans son regard une peur ancienne, viscérale. Mon père n'avait peur de rien. Ni des hommes, ni des bêtes, ni de la mort. Mais la Forêt Noire le terrifiait.Et maintenant, j'y suis.Les arbres sont immenses, noirs comme la suie, tordus comme des doigts de sorcières. Leurs cimes se perdent dans les nuages. La neige ne tombe pas ici. Pas vraiment. Quelques fl
Chapitre 82AedanNous chevauchons depuis des heures. La forêt est dense, silencieuse, ensevelie sous la neige. Lyana chevauche à côté de moi, sa silhouette droite sur la selle, son dos raide, ses mains gantées serrant les rênes. L'épée de ses ancêtres pend à sa ceinture. Elle ne parle pas. Elle ne s'est pas plainte une seule fois depuis que nous avons quitté Durnhollow.Le lien du Compagnonnage vibre dans ma poitrine. Pas de mots. Juste des sensations, des émotions, des pulsations qui me parviennent par vagues. Et ce que je ressens me bouleverse plus que tout ce qu'elle aurait pu me dire.De l'excitation.Une excitation fébrile, nerveuse, presque douloureuse. C'est l'excitation de la chasse, celle qui précède le combat. Elle va traquer Varek. Elle va le trouver. Elle va le tuer.
Chapitre 81LyanaL'aube n'est pas encore levée quand nous quittons Durnhollow.Les couloirs du palais sont silencieux, déserts, éclairés seulement par les torches qui brûlent dans leurs appliques de fer. Nos pas résonnent sur les dalles de pierre, lourds, mesurés, presque solennels. Je porte l'épée de mes ancêtres à la ceinture, sa garde d'argent scintillant faiblement dans la pénombre. Aedan marche à côté de moi, vêtu de cuir sombre et d'une cape de laine noire, ses yeux ambrés balayant les couloirs avec cette acuité de prédateur qui ne le quitte jamais.Nous ne parlons pas.Pas parce que les mots sont inutiles. Pas parce que nous n'avons rien à nous dire. Mais parce que tout a été dit. Cette nuit, dans ses appartements, quand je
Chapitre 80AedanDes coups. Trois. Légers. Presque timides.Je suis debout avant même d'ouvrir les yeux. Le lien du Compagnonnage vibre dans ma poitrine. Je sais qui c'est. Je le sais depuis que je l'ai sentie quitter la chambre nuptiale. Je le sais depuis que je l'ai entendue marcher dans les couloirs. Je le sais depuis qu'elle s'est arrêtée devant ma porte.J'ouvre.Elle est là. Debout dans l'encadrement. Vêtue d'une simple robe de laine grise. Les cheveux défaits. Les pieds nus. Ses yeux gris plongent dans les miens.— Tu ne dors pas, dis-je.— Non. Toi non plus.— Non.Un silence. Elle reste sur le seuil. Je ne bouge pas. Le lien vibre entre nous, chargé de tout ce que nous ne disons pas.— Je pe
Chapitre 4AedanLa salle du trône s’est vidée de ses derniers invités.Les lustres de givre jettent encore leur lumière bleutée sur les murs de pierre noire, mais les rires se sont tus, les coupes se sont taries, les danseuses ont regagné leurs quartiers. Les servantes parcourent les tables en sil
Chapitre 3LyanaLes cuisines de Durnhollow sont une fournaise.Des chaudrons de cuivre bouillonnent sur des feaux de braises, des broches de viande tournent lentement au-dessus des flammes, des nuages de vapeur chargés d’odeurs d’épices, de suif et de sueur montent jusqu’aux voûtes de pierre noirc
Chapitre 2AedanQuelque chose cloche.Je ne sais pas quoi, je ne sais pas comment mais mes sens ne mentent jamais. Il y a une présence étrangère dans la foule de ma propre forteresse, au milieu de mes invités, de mes courtisans, de mes gardes. Une dissonance. Une fausse note dans le concert des o
Chapitre 1LyanaLa moiteur des corps entassés colle à ma peau sous la robe de lin trop épaisse. Je traverse la grande salle de Durnhollow la tête inclinée, les yeux baissés, mes pas feutrés se perdant dans le vacarme des rires et des coupes qui s’entrechoquent. La cérémonie de la Lune de Sang bat







