Se connecterIl sourit faiblement. Un sourire triste, amer, mais soulagé.— Elle vous aime aussi. Elle n'a pas arrêté de demander de vos nouvelles. Elle a dessiné une image pour vous. Une femme avec une robe blanche, entourée d'étoiles.Les larmes me montent aux yeux à mon tour. Isabella. Sa main dans la mienne, son rire clair, sa promesse de guérison.— Je veux la voir.— Bientôt. Dès que les médecins vous y autoriseront.Il se tait, hésite. Ses doigts jouent avec les miens, nerveusement, comme un adolescent.— Ève... J'ai quelque chose à vous dire. Quelque chose que je vous ai dit quand vous étiez inconsciente, mais je ne sais pas si vous m'avez entendu.— Je vous ai entendu.Il se fige, pâlit, puis rougit. Un homme de cinquante ans, un chef de clan redoutable, qui rougit comme un enfant
ÈveLa première chose que je perçois, c'est la lumière.Une lumière douce, tamisée, pas la lumière aveuglante du don, pas la lumière noire de l'évanouissement. Une lumière ordinaire, une lumière de matin, une lumière qui filtre à travers des stores et dessine des rayures sur un plafond blanc.La deuxième chose, c'est un poids sur ma main. Un poids chaud, vivant, qui serre mes doigts. Et un bruit régulier, tout près, un souffle lent, profond.J'essaie d'ouvrir les yeux. C'est difficile, très difficile. Mes paupières pèsent une tonne, collées par le sommeil et les sédatifs. Je lutte quelques secondes, quelques heures peut-être, le temps n'a plus de sens. Et finalement, la lumière se précise, les ombres prennent forme, le monde redevient visible.Je suis dans une chambre d'
SalvatoreLa nuit est tombée sur Palerme. La réanimation s'est calmée, les médecins ont réduit les doses de sédatifs, les infirmières font leurs rondes en silence. Je suis toujours là, sur ma chaise en plastique, dans le couloir désert. Vito est reparti il y a une heure, je lui ai ordonné d'aller dormir. Il a résisté, bien sûr, il a grogné, il a protesté, mais j'ai été intraitable. Il doit protéger Isabella maintenant, c'est sa mission. Ma mission, c'est Ève.Le couloir est silencieux, à peine éclairé par les veilleuses qui diffusent une lumière orangée, tamisée, presque paisible. Les bruits de la ville me parviennent étouffés par les doubles vitrages, un klaxon lointain, une sirène, le souffle du vent dans les cyprès. La mer, là-bas, est une plaque
SalvatoreLes heures passent. Lentes, gluantes, interminables. Le temps s'étire comme un élastique prêt à se rompre, chaque minute est un siècle, chaque seconde est une torture. Je suis assis sur une chaise en plastique dans le couloir de la réanimation, les coudes sur les genoux, la tête entre les mains, les yeux fixés sur la porte close qui me sépare d'Ève.Je n'ai pas bougé depuis des heures. Peut-être quatre, peut-être cinq, peut-être plus. Je ne sais pas. Le soleil a tourné, les ombres se sont allongées, la lumière a changé de couleur. Par la fenêtre du couloir, je vois la mer, là-bas, plate et grise, et les toits de Palerme qui descendent en cascade vers le port. Le monde continue de tourner, indifférent à ma souffrance. Les gens vont et viennent, les voitures circulent, les bateaux pêchent. Mais m
SalvatoreLes médecins arrivent en courant. Une meute de blouses blanches, stéthoscopes au vent, visages crispés par l'urgence. Ils envahissent la chambre, bousculent le lit, m'écartent sans ménagement. Je les laisse faire. Je ne suis plus le chef de clan, je ne suis plus le parrain. Je ne suis qu'un homme terrifié, agenouillé sur un carrelage froid, qui regarde des inconnus se battre pour sauver la femme qu'il aime.— Pouls faible, tension effondrée ! Elle est en état de choc !— Masque à oxygène, vite ! Préparez le défibrillateur au cas où !— On la monte en réa, qu'est-ce qui s'est passé ici ?Personne ne répond. Personne ne peut répondre. Comment expliquer ? Comment dire à ces hommes de science qu'une femme a guéri une leucémie incurable en absorbant la maladie dans son propre corps ? Comment leur dire qu'elle a donné sa vie pour une petite fille ? Ils ne comprendraient pas. Ils ne voudraient pas comprendre. Ils nous prendraient pour des fous, des illuminés, des criminels.Ils ins
SalvatoreLa lumière s'éteint.Je ne trouve pas d'autres mots. Il n'y a pas d'autres mots. Une seconde avant, la chambre était inondée d'une clarté surnaturelle, un éclat blanc et or qui jaillissait de sous la porte comme si le soleil lui-même était entré dans cette pièce. J'ai vu cette lumière, Vito l'a vue, tout le couloir en a été illuminé. Une lumière qui ne venait d'aucune ampoule, d'aucune lampe, d'aucune source connue. Une lumière qui traversait la matière, qui vibrait, qui pulsait comme un cœur vivant.Et puis, d'un coup, plus rien.Le silence qui suit est pire que tout. Pire que les bips des machines, pire que les cris, pire que les sirènes. Un silence absolu, minéral, un silence de tombeau. Je plaque mes deux mains contre la porte, j'écoute de toutes mes forces, le souffle suspendu, le cœur arrêté.Rien.Pas un gémissement, pas une respiration, pas un froissement de drap. Rien.La panique me prend aux tripes, une main glacée qui serre mes entrailles et ne lâche plus. J'oubli







