공유

Chapitre 5

last update 게시일: 2026-04-28 08:23:32

Chapitre 5

Alina

L'automne repeint les arbres du parc en roux et en or. Un an. J'ai passé un an dans cette maison, un an au chevet de cet homme, et le monde extérieur s'est estompé comme une aquarelle oubliée sous la pluie. Je ne lis plus les journaux. Je ne réponds plus aux rares lettres de mon frère Vladimir, qui s'épuise en conjectures sur mon silence. Je me suis retirée du monde comme on se retire d'un bal : sans bruit, sans adieux, sans regrets apparents.

Ma relation avec Irina a pris la forme d'une paix armée. Elle vient chaque semaine vérifier l'absence de progrès de son fils, me toise avec un mépris distrait, et repart. Nous n'échangeons pas plus de dix mots par visite. Quant au personnel, il a fini par m'accepter comme un meuble supplémentaire – silencieux, inoffensif, légèrement étrange.

Seule Olga me témoigne une forme de considération. Ce matin-là, elle entre dans la chambre alors que je masse la main de Mikhaïl et me tend une tasse de thé fumante.

— Vous devriez sortir un peu, Alina. Prendre l'air. C'est mauvais pour votre santé, cette réclusion.

— Ma santé est parfaite, merci.

— Votre santé, peut-être, mais pas votre teint. Vous êtes blanche comme un linge.

Je ris doucement. Olga est la seule personne qui se permette ce ton avec moi, et j'en éprouve une gratitude muette.

— Je sortirai quand il fera beau. Promis.

Elle hausse les épaules et quitte la pièce. Je me tourne vers Mikhaïl. L'année a à peine altéré son visage : les muscles se sont légèrement atrophiés, mais les traits restent nobles, la peau lisse sous la barbe qu'un barbier rase deux fois par semaine. Le neurologue, le docteur Federov, un homme sec et précis, parle parfois d'une « conscience minimale », d'une « activité cérébrale intermittente », mais ces termes techniques ne changent rien à la réalité quotidienne : Mikhaïl dort, et moi je veille.

Ou plutôt non. Pas « dort ». Il est ailleurs. Dans un brouillard que mes mots tentent de percer, jour après jour, avec une obstination de goutte d'eau sur la pierre.

— Bonjour, Mikhaïl. Vous savez, tout à l'heure, Olga m'a dit que j'étais pâle. C'est vrai, je ne sors plus beaucoup. Mais je n'en ai pas envie. Tout ce qui m'intéresse est ici.

Je marque une pause, cherchant mes mots.

— Je crois que je deviens folle. Non, ne vous inquiétez pas, c'est une folie douce. Une folie qui me fait parler à un homme endormi comme s'il pouvait me répondre. Une folie qui me fait relire les mêmes livres en espérant que vous les entendiez. Une folie qui me fait vous aimer, Mikhaïl Ivanovitch, vous qui ne savez même pas que j'existe.

Le mot a glissé tout seul, comme une évidence trop longtemps contenue. Je ne l'ai pas prémédité. Il est sorti de ma bouche, limpide et terrible, et il flotte à présent entre nous comme une confession dans un confessionnal vide.

Je pose mon front contre sa main, et je ferme les yeux. Dans le noir de mes paupières, je le vois debout, souriant, me tendant les bras. Cette image est un mensonge. Un mirage. Mais je m'y accroche parce que je n'ai rien d'autre.

Un déclic. Pas dans mon imagination, non : un bruit réel. Je rouvre les yeux. Les doigts de Mikhaïl, que je tiens toujours, viennent de se contracter. Une pression faible, à peine perceptible, mais qui n'est pas un spasme. C'est une réponse. Une réponse à mes mots.

Je me redresse d'un bond, le cœur en chamade.

— Mikhaïl ? Vous m'entendez ? Serrez encore, s'il vous plaît, serrez encore.

Rien. Ses doigts sont redevenus inertes. Mais mon cri a attiré Olga, qui se précipite dans la chambre, affolée.

— Que se passe-t-il ?

— Il a serré ma main. Je vous jure qu'il a serré.

Olga vérifie les moniteurs, prend son pouls, soulève ses paupières pour examiner ses pupilles. Son visage se ferme.

— Aucun changement notable, madame Orlova. Peut-être une contraction réflexe. Cela arrive chez les patients en état végétatif prolongé.

— Ce n'était pas un réflexe.

Ma voix claque, plus dure que je ne le voudrais. Je soutiens le regard dubitatif d'Olga, et je répète :

— Ce n'était pas un réflexe.

Elle n'insiste pas. Elle connaît mon obstination. Elle se contente de hocher la tête et de s'éloigner, me laissant seule avec ma certitude.

Je me rassois, tremblante, et je reprends sa main, cette main qui vient d'émettre un signal minuscule à travers l'immensité de l'inconscience.

— Merci, dis-je tout bas. Merci de m'avoir entendue.

Et cette fois, aucun doute : ses doigts se referment à nouveau, un tout petit peu, juste assez pour que je sente contre ma paume la pression légère d'un homme qui essaie de revenir.

Les larmes me montent aux yeux, silencieuses et chaudes. Je ne les essuie pas. Je les laisse rouler sur mes joues et tomber sur le drap.

— Je serai là, Mikhaïl. Aussi longtemps qu'il faudra. Aussi longtemps que vous mettrez à revenir. Je vous attendrai.

Dehors, le vent d'automne fait tourbillonner les feuilles mortes contre les vitres, comme une ronde d'enfants invisibles. Et dans la chambre aux rideaux gris, une femme tient la main d'un homme qui dort, et pleure de joie pour la première fois depuis un an.

이 작품을 무료로 읽으실 수 있습니다
QR 코드를 스캔하여 앱을 다운로드하세요

최신 챕터

  • Les jumeaux secrets du milliardaire Orlov   Chapitre 66

    Chapitre 66AlinaLe manuscrit est posé sur la table du salon, dans son écrin de cuir noir ouvert comme un tabernacle. Les soixante pages jaunies d'Anna Karénine reposent entre les feuilles de soie, et leur seule présence emplit la pièce d'une solennité presque religieuse. La lumière du feu danse sur l'encre pâlie, et les mots de Tolstoï, ces mots que j'ai lus à Mikhaïl soir après soir pendant cinq ans, scintillent comme des braises.Je les ai lus une première fois, puis une deuxième, puis une troisième, incapable de détacher mes yeux de cette écriture fiévreuse, de ces phrases qui racontent l'histoire d'une femme détruite par l'amour et les conventions. Anna Karénine, que j'ai tant aimée, que j'ai tant maudite. Anna, qui se jette sous un train parce qu'elle ne peut p

  • Les jumeaux secrets du milliardaire Orlov   Chapitre 65

    Chapitre 65MikhaïlLa vente aux enchères a lieu à Londres, dans une galerie feutrée du quartier de Mayfair, derrière une façade géorgienne d'une élégance discrète. Les murs sont tapissés de velours grenat, les dorures des cadres scintillent sous les lustres de cristal, et le parquet ciré craque délicieusement sous les pas feutrés des collectionneurs. L'air sent le bois ancien, la cire d'abeille et l'argent. Des hommes en costume sombre et des femmes en tailleur Chanel chuchotent entre eux, leurs catalogues marqués de signets aux pages convoitées.Je suis assis au troisième rang, anonyme parmi les milliardaires et les fondations culturelles. À ma gauche, un industriel japonais masque ses enchères derrière un éventail. À ma droite, une héritière

  • Les jumeaux secrets du milliardaire Orlov   Chapitre 69

    Chapitre 69AlinaLa résidence est silencieuse en cette fin de matinée, enveloppée dans un manteau de brume qui monte de l'étang et s'accroche aux branches nues des bouleaux. Octobre touche à sa fin, et l'automne russe déploie ses derniers fastes : les feuilles d'or et de cuivre tourbillonnent dans le vent, les écureuils roux font leurs provisions, et l'air vif sent la terre mouillée, la mousse et le bois fumé.Les jumeaux jouent aux échecs dans la bibliothèque avec Marguerite, leurs voix légères traversent les couloirs de pierre comme des volutes de fumée. J'entends Kira annoncer « échec et mat, mamie ! » pour la troisième fois consécutive, et le rire de Marguerite, ce rire de grand-mère qui accepte ses défaites avec philosophie. Maksim, lui, doit être penché sur sa tablette, sourcils froncés, doigts agiles, en train de coder quelque chose qui dépasse l'entendement des ingénieurs d'Orlov Corp.Mikhaïl est arrivé à neuf heures précises, une sacoche en cuir noir à la main, le visage te

  • Les jumeaux secrets du milliardaire Orlov   Chapitre 64

    Chapitre 64MaksimLa faille est énorme. Gigantesque. Monumentale. Un trou béant dans le système de sécurité de la tour Orlov, assez large pour qu'un hacker débutant y fasse entrer une armée de virus, assez profond pour mettre à genoux tout l'empire. Papa ne l'a pas encore vue, ses ingénieurs non plus. Et moi, je l'ai trouvée en quatorze minutes et trente-sept secondes, juste en explorant le réseau pour m'amuser.L'ancien Maksim, celui d'avant le parc Gorki, celui du smiley aux lunettes, aurait sauté sur l'occasion. Il aurait piraté le système en moins de deux, déposé un message moqueur sur l'écran de son père, ridiculisé toute l'équipe de sécurité. Mais je ne suis plus cet enfant-là. Papa a changé, maman a changé, Kira m'a fait compre

  • Les jumeaux secrets du milliardaire Orlov   Chapitre 63

    Chapitre 63AlinaLa résidence de campagne est devenue notre sanctuaire, notre île au milieu de la tempête, notre parenthèse enchantée. Le parc, immense, est une mer d'herbe et de feuilles mortes où les jumeaux courent chaque matin avant les leçons, leurs cris de joie résonnant entre les troncs argentés des bouleaux. Les gardes du corps patrouillent discrètement, silhouettes sombres entre les arbres, mais les enfants ne les remarquent même plus. Ils font désormais partie du paysage, comme les écureuils roux qui dévalent les troncs ou les hérons cendrés qui pêchent au bord de l'étang.Les journées s'écoulent, paisibles, rythmées par les leçons du matin, les jeux de l'après-midi, les dîners du soir. Marguerite est revenue de Paris, et elle a repris

  • Les jumeaux secrets du milliardaire Orlov   Chapitre 62

    Chapitre 62MikhaïlL'enquête progresse rapidement, trop rapidement pour que cela soit honnête. Victor m'a remis son rapport préliminaire à l'aube, les traits tirés par une nuit blanche, une tasse de café noir à la main. La lettre de menace a été analysée, les caméras de surveillance épluchées, les témoins interrogés. La piste remonte à un ancien associé de mon père, un dénommé Maslov, qu'Igor avait écarté de l'empire il y a une dizaine d'années dans des circonstances troubles.Maslov est un homme aigri, rongé par la rancune, qui a passé la dernière décennie à ruminer sa vengeance dans l'ombre. La chute d'Igor lui a fourni l'occasion de frapper. Il a engagé un petit malfrat du quartier de Lefortovo pour d

더보기
좋은 소설을 무료로 찾아 읽어보세요
GoodNovel 앱에서 수많은 인기 소설을 무료로 즐기세요! 마음에 드는 작품을 다운로드하고, 언제 어디서나 편하게 읽을 수 있습니다
앱에서 작품을 무료로 읽어보세요
앱에서 읽으려면 QR 코드를 스캔하세요.
DMCA.com Protection Status