Nina a dƩcouvert que son mari, Louis, la trompait.
Avec une jeune Ʃtudiante.
Aujourdāhui, cāĆ©tait son anniversaire. Elle avait passĆ© lāaprĆØs-midi Ć prĆ©parer un bon dĆ®ner pour lui. Mais alors quāelle sāaffairait encore en cuisine, une notification a retenti sur le tĆ©lĆ©phone quāil avait laissĆ© Ć la maison.
Ding.
Un message dāune certaine Ć©tudiante :
Ā« Je me suis cognĆ©e en rĆ©cupĆ©rant le gĆ¢teau... Ouille... Ća fait tellement mal. Ā»
En piĆØce jointe, une photo.
Pas de visage, juste une paire de jambes.
Des bas blancs lĆ©gĆØrement remontĆ©s, des petites chaussures noires Ć bout rond, et une jupe dāĆ©tudiante bleu et blanc retroussĆ©e juste assez pour rĆ©vĆ©ler des cuisses longues et fines, dāune sensualitĆ© indĆ©cente.
Les genoux, blancs et dƩlicats, sont bel et bien rougis par un choc.
Une jeunesse Ʃclatante. Une peau lisse et parfaite. Un ton mi-enfantin, mi-sƩducteur.
On disait que les hommes dāaffaires, une fois quāils rĆ©ussissaient, raffolaient de ce genre de femmes...
Nina a serrƩ le tƩlƩphone si fort que ses phalanges ont blanchi.
Ding.
Un autre message.
Ā« M. Bernard, retrouvons-nous Ć lāHĆ“tel Rodolphe ce soir... Je veux fĆŖter ton anniversaire. Ā»
Lāanniversaire de Louis.
Et sa maƮtresse lui prƩparait une surprise.
Nina a attrapƩ son sac et est sortie en trombe.
Elle devait voir Ƨa de ses propres yeux.
Elle voulait savoir... qui Ʃtait cette fille.
Lorsquāelle est arrivĆ©e devant lāHĆ“tel Rodolphe, elle sāapprĆŖtait Ć entrer quand elle a aperƧu... ses parents.
Surprise, elle sāest approchĆ©e :
Ā« Papa, Maman ? Quāest-ce que vous faites ici ? Ā»
Pascal et Marie Leroy ont Ć©changĆ© un regard furtif, visiblement mal Ć lāaise.
Ā« Euh... Nina, ta sÅur est rentrĆ©e au pays. On lāa accompagnĆ©e ici, Ā» a expliquĆ© son pĆØre dāun ton hĆ©sitant.
ChloƩ ?
Un mauvais pressentiment lui a tordu les entrailles.
Instinctivement, Nina a tournĆ© la tĆŖte vers la grande baie vitrĆ©e de lāhĆ“tel... et son cÅur sāest figĆ©.
De lāautre cĆ“tĆ© de la vitre, dans le hall illuminĆ©, ChloĆ© Ć©tait lĆ .
Portant exactement la mĆŖme tenue que la fille sur la photo.
Un frisson glacial a parcouru son Ʃchine.
Ainsi donc, lāĆ©tudiante qui couchait avec Louis... nāĆ©tait autre que sa propre sÅur.
ChloĆ© Leroy, la "rose de Merville", la fille que toute la ville admirait. Son corps parfait, ses jambes lĆ©gendaires, qui faisaient fantasmer des centaines dāhommes...
Et maintenant, ces mêmes jambes avaient séduit son propre beau-frère.
Nina aurait voulu rire. CāĆ©tait grotesque.
Elle a tournĆ© la tĆŖte vers ses parents et a lancĆ© dāune voix froide :
Ā« Jāimagine que je suis la derniĆØre Ć lāapprendre. Ā»
Pascal a eu un sourire gêné :
Ā« Nina... Louis ne tāa jamais aimĆ©e. Ā»
Marie a renchƩri aussitƓt :
Ā« Oui, ma chĆ©rie. Tu sais combien de femmes rĆŖveraient dāĆŖtre Ć ta place ? PlutĆ“t que de le laisser Ć une inconnue, autant quāil revienne Ć ta sÅur. Ā»
Les poings de Nina se sont crispƩs.
Ā« Papa, Maman... Je suis votre fille moi aussi ! Ā»
Elle a brusquement fait demi-tour, prĆŖte Ć sāen aller, mais la voix tranchante de Marie lāa retenue :
Ā« Nina, dis-moi la vĆ©ritĆ©. Est-ce que Louis tāa dĆ©jĆ touchĆ©e ? Ā»
Ses pas se sont arrêtés nets.
Pascal, lui, a enfoncƩ le clou sans la moindre hƩsitation :
Ā« Ne te fais pas dāillusions, Nina. Louis et ChloĆ© ont toujours Ć©tĆ© faits lāun pour lāautre, tout le monde le savait. Sāil nāavait pas eu cet accident qui lāa laissĆ© dans le coma, vous ne seriez jamais mariĆ©s. On tāa juste placĆ©e lĆ pour le remplacer. Ā»
Marie lāa toisĆ©e de la tĆŖte aux pieds, le regard empli de mĆ©pris :
Ā« Regarde-toi. Trois ans de mariage, et tu nāes rien dāautre quāune femme au foyer qui gravitait autour de son mari. Pendant ce temps, ChloĆ© est devenue danseuse Ć©toile. Une vĆ©ritable Ć©toile contre un vilain petit canard... Avec quoi comptes-tu rivaliser ? Tu devrais juste rendre Louis Ć ChloĆ©. Ā»
Chaque mot sāest enfoncĆ© dans le cÅur de Nina comme une lame acĆ©rĆ©e.
Les yeux brĆ»lants de larmes, elle a tournĆ© les talons et sāest Ć©loignĆ©e sans un mot.
Lorsquāelle est rentrĆ©e Ć la villa, la nuit Ć©tait dĆ©jĆ tombĆ©e.
Elle avait donné congé à Sophie pour la soirée, et la maison était plongée dans le noir, froide et vide.
Dans la pĆ©nombre, elle sāest assise seule Ć la table du dĆ®ner.
Les plats quāelle avait prĆ©parĆ©s avec amour Ć©taient dĆ©jĆ froids.
Devant elle, le gĆ¢teau dāanniversaire quāelle avait soigneusement dĆ©corĆ©.
Sur le glaçage, quelques lettres tracées à la main :
Ā« Joyeux anniversaire, mon amour. Ā»
Ces mots lui ont soudain paru insoutenables, presque douloureux Ć regarder.
Tout comme elle. Tout comme ce mariage. Un immense... et cruel... mensonge.
Louis et ChloƩ ont toujours ƩtƩ considƩrƩs comme le couple parfait du milieu mondain. Tout le monde savait que la "rose de Merville", ChloƩ, Ʃtait la femme que Louis chƩrissait le plus.
Mais il y a trois ans, un terrible accident de voiture a laissƩ Louis dans le coma... et ChloƩ a disparu du jour au lendemain.
Cāest Ć ce moment-lĆ que la famille Leroy a ramenĆ© Nina de la campagne pour la forcer Ć Ć©pouser cet homme plongĆ© dans un Ć©tat vĆ©gĆ©tatif.
Quand elle a appris quāil sāagissait de Louis, son Louis, celui quāelle avait toujours aimĆ©, elle a acceptĆ© ce mariage sans la moindre hĆ©sitation.
Pendant trois ans, elle lāa soignĆ© sans relĆ¢che. Elle ne sortait pas, ne voyait personne, nāavait plus de vie sociale. Toute son existence tournait autour de lui.
Et finalement, grĆ¢ce Ć elle, il sāest rĆ©veillĆ©.
Nina a sorti un briquet et allumƩ une bougie.
Ć travers la faible lueur, son reflet est apparu dans le miroir en face dāelle.
Elle a vu une femme terne, enfermée dans une robe noire et blanche, austère et sans éclat. Une épouse effacée, dépourvue du moindre attrait.
Et pendant ce temps, ChloƩ Ʃtait devenue danseuse Ʃtoile, rayonnante, magnifique, vivante.
Elle Ʃtait le vilain petit canard. ChloƩ Ʃtait le cygne blanc.
Maintenant que Louis sāĆ©tait rĆ©veillĆ©, il Ć©tait retournĆ© auprĆØs de son cygne blanc, la femme quāil avait toujours aimĆ©e. Et il avait laissĆ© derriĆØre lui le vilain petit canard.
Trois ans... pour rien.
Elle sāĆ©tait sacrifiĆ©e, mais au final, ce nāĆ©tait quāun dĆ©lire sentimental de sa part.
Louis ne lāa jamais aimĆ©e. Mais elle, elle lāa aimĆ© de tout son ĆŖtre.
On dit toujours que, dans une relation, celui qui aime en premier est toujours le perdant.
Aujourdāhui, Louis lui a infligĆ© une dĆ©faite totale.
Les yeux embuƩs de larmes, Nina a soufflƩ la bougie.
LāobscuritĆ© a englouti la villa une fois de plus.
Soudain, dehors, deux phares ont illuminƩ la nuit.
Une Rolls-Royce Phantom a traversĆ© lāallĆ©e Ć toute vitesse avant de sāarrĆŖter sur le gazon.
Les cils de Nina ont légèrement tremblé. Il était revenu.
Elle avait cru quāil ne rentrerait pas ce soir.
TrĆØs vite, la porte de la villa sāest ouverte. Une silhouette Ć©lancĆ©e, imprĆ©gnĆ©e de lāair frais et humide de la nuit, a fait irruption sous ses yeux.
Louis Ʃtait rentrƩ.
La famille Bernard a toujours Ć©tĆ© une lignĆ©e de prestige Ć Merville. En tant quāhĆ©ritier, Louis possĆ©dait un talent commercial hors du commun. Ć 16 ans, il avait dĆ©jĆ obtenu deux diplĆ“mes de lāUniversitĆ© HavrĆ©. Plus tard, il a fondĆ© sa premiĆØre entreprise et lāa introduite en bourse sur la Rue Valadon, faisant sensation dans le monde des affaires. Puis il Ć©tait rentrĆ© au pays pour prendre les rĆŖnes de lāempire familial, devenant le plus puissant magnat de Merville.
Il a traversĆ© la piĆØce dāun pas assurĆ©, sa voix grave et magnĆ©tique rĆ©sonnant dans le silence :
Ā« Pourquoi tu nāas pas allumĆ© la lumiĆØre ? Ā»
Clac.
Sans attendre sa rĆ©ponse, il a tendu la main et a allumĆ© lāinterrupteur mural.
La lumière soudaine a agressé les yeux de Nina, qui les a fermés une fraction de seconde avant de les rouvrir pour le regarder.
Louis portait un costume noir sur-mesure, Ć©lĆ©gant et parfaitement ajustĆ©. Son visage sculptĆ©, sa prestance froide et hautaine, son charisme innĆ©... Il Ć©tait lāhomme qui hantait les rĆŖves de toutes les jeunes filles de lāĆ©lite.
Nina lāa fixĆ©.
Ā« Aujourdāhui, cāest ton anniversaire. Ā»
Mais le visage de Louis nāa montrĆ© aucune Ć©motion. Il a simplement jetĆ© un regard dĆ©sinvolte Ć la table dressĆ©e avant de lĆ¢cher froidement :
Ā« La prochaine fois, ne perds pas ton temps. Je ne fĆŖte pas ce genre de choses. Ā»
Nina a esquissĆ© un sourire, ses lĆØvres rouges sāĆ©tirant doucement :
Ā« Tu ne fĆŖtes pas ces choses-lĆ ... ou tu ne veux pas les fĆŖter avec moi ? Ā»
Louis a tourné la tête vers elle, mais son regard est resté distant, indifférent.
Ā« Pense ce que tu veux. Ā»
Puis il a repris sa marche et sāest dirigĆ© vers lāescalier.
Il avait toujours ƩtƩ comme Ƨa avec elle.
Peu importe Ć quel point elle essayait... elle nāarrivait pas Ć rĆ©chauffer son cÅur glacĆ©.
Nina sāest levĆ©e et lāa observĆ©, son dos droit et majestueux, sa silhouette froide qui sāĆ©loignait encore une fois.
Alors, elle a parlĆ© dāune voix claire et posĆ©e :
Ā« Aujourdāhui, cāest ton anniversaire. Je voulais tāoffrir un cadeau. Ā»
Louis nāa pas ralenti, ne sāest pas retournĆ©.
Ā« Je nāai pas besoin de cadeau. Ā»
Nina a ri doucement.
Ses lèvres se sont légèrement étirées dans un sourire presque imperceptible.
Puis, elle a prononcĆ© dāune voix tranquille :
« Louis, divorçons. »
Son pied venait de fouler la premiĆØre marche de lāescalier... Mais soudain, il sāest arrĆŖtĆ© net.
Il sāest retournĆ© lentement. Il s'est retournĆ© brusquement. Ses yeux noirs se sont rivĆ©s sur elle.
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