Chapitre 2NysaLa pluie s'est arrêtée il y a une heure, mais le ciel reste un bleu meurtri, comme un œil au beurre noir qui n'en finit pas de guérir. L'odeur de la terre mouillée se mêle à celle, plus âcre, de l'antiseptique qui imprègne mes mains, mes vêtements, mes cheveux. C'est mon parfum, désormais. Celui d'une infirmière de campagne qui passe plus de nuits dans ce dispensaire branlant que dans son propre lit. Je pousse la lourde porte de bois, et le grincement des gonds est un cri familier. Le couloir est désert, éclairé par un tube au néon qui clignote par intermittence, projetant des ombres nerveuses sur les murs peints à la chaux. Mes pas sont lourds, mais je force mes épaules à rester droites. Dans ce village, la fatigue est un luxe qu'on ne me pardonne pas. Une femme comme moi, la fille de l'homme qui a ruiné une dizaine de familles, n'a pas le droit de flancher. Elle doit encaisser, sourire, et se taire.J'accroche ma veste usée au portemanteau, une vieille patère en fer
Last Updated : 2026-07-22 Read more