Déesse
Toute ma vie, j'ai cru qu'il était mon frère, mon sang, ma famille, mon protecteur, celui qui me tenait la main dans le noir et qui jurait de me protéger jusqu'à son dernier souffle, mais j'avais tort.
Un baiser, un seul baiser que mon meilleur ami a posé sur mes lèvres un soir d'été à Marseille, un moment volé, doux et interdit, et il nous a vus.
Enzo Castellani, l'héritier de l'empire le plus dangereux de la ville, l'homme que tout le monde craint et admire, celui que j'appelais mon frère, est devenu ce soir-là un monstre qui ne m'a ni crié dessus ni frappée, mais qui m'a simplement regardée froidement et silencieusement comme on regarde une chose qu'on croyait sienne et qu'on découvre souillée.
Puis il a parlé, et sa voix a brisé ma vie en mille morceaux.
— Tu as aimé ça ?
Je n'ai pas répondu.
Il s'est approché. Trop près.
Sa main a agrippé mon menton, a forcé mes yeux à croiser les siens.
— Réponds-moi. Tu as aimé qu'il te touche ?
— Enzo, arrête…
— Tu ne perdras ta virginité qu'avec moi.
Le sol s'est ouvert sous mes pieds, le sang a quitté mon visage, mon cœur s'est arrêté.
— Quoi ? Tu es mon frère…
— Non.
Un silence. Un couteau.
— Je ne suis pas ton frère. Je n'ai jamais été ton frère. Et tu le sais, au fond. Tu l'as toujours su.
— Pourquoi ? Pourquoi tu m'as menti toutes ces années ?
— Parce que tu m'appartiens. Depuis le premier jour. Depuis que ton père t'a déposée chez moi comme une dette.
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